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La légende du Graoully


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Quand on me demande, de quelle région je viens, je suis toujours ennuyer pour apporter la réponse la plus précise. En effet bien que né à Lille, j’y ai tout compte fait assez peu vécu. Les quelques lambeaux de mémoire qu’il me reste de cette époque, remontent au temps ou vivant chez une « nourrisse », aussi les souvenirs les plus précis datent de l’époque ou ma famille s’est installé à Metz au début des années 70 et ceux jusqu’à mon départ en 1987, ce qui vous en conviendrez me fait 14 ans de souvenirs, ce n’est pas un rien. Mais bon ce n’est pas là le but de mon propos, déjà animé à l’époque du plaisir, bien que de façon très papillonneuse alors, de me promener ici et là dans des endroits riches d’histoire, et déjà intéressé par notre passé, un jour faisant alors que je me trouvais dans la cathédrale St Etienne, mon attention fut attirée par un étrange animal situé au plafond juste à l’entrée de la crypte. Imaginez un dragon dans une église ! Reconnaissez que ce n’est pas courrant ! Poussé par la curiosité je suis allé recherché pourquoi cet animal avait élu domicile en cette cathédrale, et voici ce que j’appris sur la légende du Graoully. Il y a bien longtemps de cela, dans la cité messine, un dragon effroyable semait la terreur, l'épouvante et la mort. On le voyait planer au crépuscule par delà les contrées mosellanes, rasant les toits des bourgades, ses ailes dentelées déployées, l'œil vif, rouge et brillant, prêt à fondre sur sa proie. Les habitants le nommèrent le Graoully, de l'allemand 'graulich', qui signifie terrifiant. Un reptile gigantesque incapable de se déplacer sur terre tant ses pattes étaient courtes, mais non dépourvues de griffes, un corps recouvert d'écailles vert brun que nulle flèche et nul javelot ne pouvait transpercer. Ce monstre hideux s'offrait chaque soir en festin quelques habitants imprudents. Il survolait la cité, faisant claquer au vent ses larges ailes ciselées, la gueule ouverte, prêt à saisir, entre ses puissantes mâchoires pourvues de deux rangées de crocs acérés, la chair d'un innocent promeneur.

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Infaillible monstre que celui-là. Rien ne semblait pouvoir le vaincre. Les pointes d'acier et les armes du plus robuste métal se brisaient sur sa carapace comme de ridicules jouets en bois. Seule l'eau semblait inspirer à ce monstre quelque crainte... Au IIième siècle, Clément arriva de Rome pour apporter la Bonne Parole et l'Evangile en lieux et places de cultes impies. Cet homme d'Eglise, dont la renommée n’était plus à faire, accomplissait de nombreux prodiges. Ainsi, un jour qu’il priait sur les hauteurs de Gorze, l’empreinte de ses genoux resta gravée dans la pierre. Un autre, il ressuscita la fille d’un gouverneur. Il prêchait sur les places publiques et son auditoire était considérable. Néanmoins, les messins avaient toujours en tête ce Graoully qui décimait la population. Un jour, un légionnaire alla trouver celui que l'on nommait désormais Saint Clément et lui dit en ces termes : " Puisque tu fais des choses si merveilleuses, tu pourrais bien nous débarrasser du Graoully. " Saint Clément, sensible aux désastres du monstre et au désarroi de la population, se rendit seul dès le lendemain matin auprès de la tanière du Graoully. Le monstre avait élu domicile dans un amphithéâtre romain abandonné depuis des années, et dont les pierres étaient infestées de serpents de toutes tailles et de tous venins. Saint Clément avançait lentement sans arme vers le repère du dragon sous le regard inquiet, éberlué et craintif de la population restée à l'écart. Soudain, les serpents se dispersèrent en sifflant horriblement, et le Graoully, immense, hideux, surgit de son trou, se dressant de toute sa hauteur devant Saint Clément, prêt à frapper. Serein, Clément ne recula pas. Fixant froidement le Graoully dans les yeux, il tendit alors la main vers le monstre qui, surpris, parut hésiter longuement. Saint Clément jeta alors son étole au cou du dragon. L’étole s’accrocha aux écailles, et s’enroula autour de la gorge du Graoully. Saint Clément serra très fortement le nœud et traîna le gigantesque reptile jusqu'aux bords de la Seille, avant de le jeter tant bien que mal dans l'eau. L'eau bouillonna longuement tandis que le Graoully tentait de se débattre. Il ne pu déployer ses ailes pour s'échapper et disparu dans les profondeurs du fleuve pour toujours. Ainsi périt le monstre sanguinaire de la cité de Metz.
Bien que dispasru dans les profondeurs du fleuve, le Graoully reste vivant aujourd'hui encore en Moselle... Son souvenir ne s’est pas noyer dans la Seille comme ce dernier ; ainsi des générations d'enfants messins peu sages ont entendu parler du terrible dragon, qui a même donné indirectement son nom à une célèbre rue de Metz : la rue Taison. En effet, celle-ci doit son appellation à la légende du Graoully, car les habitants de cette rue n'osaient sortir le soir, et même en journée ils se disaient : " Taisons, taisons nous, voilà le Graoully qui passe ! "

Vos commentaires

1 Le Dimanche 11 Fevrier 2007 à 10:13 GMT+2, par jardinbaroque

Ayant vécu à Metz durant quelques années, j'y ai croisé un certain nombre de formes étranges (et parfois primitives) de vie ;-) , mais pas ce fameux Graoully. Merci de nous avoir transmis cette légende avec autant de vivacité narrative. Ta hotte est décidément pleine de trésors.

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