venezia

Son frère

Marianne Faithfull
Album : A secret life
Label AZ : 2002
Extrait : Sleep




A Paris, Thomas est atteint d'une maladie incurable qui détruit ses plaquettes sanguines. Celle-ci astreint le patient à un régime sévère. Un soir, il passe affolé chez son frère Luc, qu'il a perdu de vue, pour lui confier la gravité des symptômes. Poussés à bout par la progression de la maladie, les deux hommes vont enfin se livrer à eux-mêmes. Pour la première fois, Thomas semble éprouver de l'intérêt pour la vie privée de Luc, homosexuel. Claire, la petite amie de Thomas, prend progressivement ses distances vis-à-vis de ce dernier. Les deux frères finissent par passer l'essentiel de leur temps ensemble et se remémorent des souvenirs de leur enfance.

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Ne cherchez pas ce film actuellement dans vos salles de cinéma puisqu’il est sorti en 2003, j’ai simplement pu le visionner ce week-end, et je vous avoue avoir passé un moment fort de notre cinéma français.
Adapté du roman de Philippe Bresson et réalisé par Patrice Chéreau, Son frère est L’évocation vibrante des relations complexes qui unissent deux frères, dont l'un souffre d'une maladie rare, le film de Patrice Chéreau ne se contente pas d'être intense, interprété de manière magistrale, il est aussi une subtile radiographie de l'âme humaine. Plus que le récit d'un accompagnement dans la mort, Son Frère atteint à l'universel en ce qu'il renvoie chacun à ses origines, chronique d’une mort annoncée.
Dans ce film, le personnage interprété par Bruno Todeschini (transfiguré) peut, à tout moment, succomber à la moindre hémorragie. La scène de plage, où il saigne du nez, se charge d'une intensité mortifère, renforcée encore par la lumière laiteuse qui baigne la scène et enveloppe, comme un linceul, son corps étique. Les retrouvailles sont vécues difficilement. La scène où l'aîné se rend dans l'appartement de son frère (Eric Caravaca) a tout d'une intrusion. Comme deux animaux, les personnages se jaugent, s'observent, se frôlent. La violation du territoire privé ne s'arrête pas là. Peu à peu, l'intime est vampirisé par la maladie et ses tyrannies, éclipsant tous les satellites qui gravitent autour de la fratrie (les parents ou la petite amie qui abdique, à bout de forces).
 Chéreau ne verse à aucun moment dans le mélodrame et c'est là la grande force du film. Les personnages se traitent sans aménité. Le rapprochement s'opère par les corps et non par le langage, graduellement et très pudiquement. Les étreintes, violemment émotionnelles, en disent plus long que les discours relatifs à un passé relégué. En témoigne la scène d'hôpital où le frère cadet évoque un souvenir d'enfance. Endormi, son aîné ne peut recevoir la confidence

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Le filmage éminemment sensitif de Chéreau remplace ici les dialogues inutiles : les corps écrivent le récit, inventent leur propre espace. La scène de préparation du malade avant son opération — intense par sa durée et son hyper réalisme — est, en ce sens, emblématique. En une séquence, le cinéaste donne à voir l'inéluctable. Le corps est rasé, lavé comme lors d'une toilette mortuaire. Si les acteurs sont dirigés selon une méthode très dramatique, Patrice Chéreau saisit ce qui prévaut au cinéma : le temps. Ce dernier travaille en creux la fiction, d'après le même processus malin qui entame inexorablement le corps du héros. Des noeuds temporels s'enchevêtrent selon un déroulé, de prime abord aléatoire, avant qu'une certaine organisation n'apparaisse. Tout le génie du montage se révèle alors. Les indicateurs temporels s'effacent peu à peu pour laisser dialoguer les séquences entre elles.
Toutes les scènes convergent au final vers l'acceptation de la mort. Que le personnage décide de quitter l'hôpital ou qu'il se plonge dans des eaux funestes, il entérine sa disparition. D'ailleurs, ces deux séquences « d'immersion », au sens propre comme au figuré (dans le monde, avec la sortie de l'hôpital puis dans l'océan) participent du même mouvement et se juxtaposent dans le film. Cette captation inspirée du temps fait de Son Frère assurément un film fort et pudique récompensé à l’époque de sa sortie par un Ours d’argent au festival du film de Berlin.

Vos commentaires

1 Le Mardi 27 Mars 2007 à 22:15 GMT+2, par jardinbaroque

Lorsque je lis un article comme celui-ci, qui parle d'un film avec des mots denses et justes, je me prends presque à regretter mon peu d'appétence pour le cinéma. J'espère que ton billet donnera à tes lecteurs l'envie de voir ou de revoir cette oeuvre qui me semble un véritable bijou.

2 Le Jeudi 29 Mars 2007 à 09:06 GMT+2, par V.king

@Jardin B : Voilà un film dont je t'ai parlé, puisque l'acteur principal est mon chouchou, le livre est un bijou que le film a su si bien restituer!!! Larmes assurées!!

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