venezia

La Belle Cordière


Love is Strange (anonyme)
Le poème Harmonique - Vincent Dumestre
ALPHA 081






portrait supposé de Louise Labé (1525-1566)

Louise Labé
Oeuvres, 1555

Sonnet I

O beaux yeus bruns, ô regars destournez,
O chaus soupirs, ô larmes espandues,
O noires nuits vainement atendues,
O jours luisans vainement retournez :

O tristes pleins, ô désirs obstinez,
O tems perdu, ô peines despendues,
O mile morts en mile rets tendues,
O pires maus contre moy destinez.

O ris, ô front, cheveus, bras, mains & doits :
O luth pleintif, viole, archet & vois :
Tant de flambeaus pour ardre une femmelle !

De toy me plein, que tant de feus portant,
En tant d’endroits d’iceus mon cœur tatant,
N’en est sur toy volé quelque estincelle.

 

 

 

Sonnet XI

Lut, compagnon de ma calamité,
De mes soupirs témoin irréprochable,
De mes ennuis controlleur véritable,
Tu as souvent avec moy lamenté ;

Et tant le pleur piteus t'a molesté
Que, commençant quelque son délectable,
Tu le rendois tout soudain lamentable,
Feignant le ton que plein avoit chanté.

Et si te veus efforcer au contraire,
Tu te destens et si me contreins taire :
Mais me voyant tendrement soupirer,

Donnant faveur à ma tant triste pleinte,
En mes ennuis me plaire suis contrainte
Et d'un dous mal douce fin espérer.

 

 






Débat de Folie et d'Amour, 1555
Diray ie que la Musique n’a esté inventée que par Amour ? & est le chant & harmonie l’effect & signe de l’Amour parfait. Les hommes en usent ou pour adoucir leurs désirs enflammez, ou pour donner plaisir : pour lequel diversifier tous les jours ils inventent nouveaus & divers instrumens de Luts, Lyres, Citres, Doucines, Violons, Espinettes, Flutes, Cornets : chantent tous les jours diverses chansons : & viendront à inventer madrigalles, sonnets, pavanes, passemezes, gaillardes, & tout en commemoration d’Amour : comme celui, pour lequel les hommes font plus que nul autre.

Vos commentaires

1 Le Jeudi 12 Avril 2007 à 11:46 GMT+2, par jardinbaroque

Tout d'abord, un grand merci d'avoir consacré un billet à Louise Labé, dont l'oeuvre mérite largement qu'on s'y attarde. C'est un véritable plaisir de voir deux de ses poèmes dans ton espace.
Seul petit regret : il aurait peut-être été opportun de consacrer quelques lignes à l'histoire de sa vie, même si les éléments que l'on en connaît sont assez maigres.

2 Le Jeudi 12 Avril 2007 à 15:29 GMT+2, par venezia

Merci Jardin pour ton commentaire, ce billet n'est qu'une infime partie de ce que je compte traiter sur une période de notre histoire, le temps pour moi d'affiner ce que j'ai envi d'écrire, il est évident que Louise LABE mérite que l'on s'arrête plus longtemps sur son destin, patienta.. ;-)

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