Les ponts de Mai
Le mois de Mai est le mois de l'année, où, exception faite des vacances scolaires, nous travaillons pour la plus part le moins, et cette année n'échappe pas à la règle puisque ce mois de mai ne comptera que 18 jours ouvrables.
Mais je ne vais pas ici lancé une polémique sur le sujet, tout au contraire je vous propose de regarder dans notre histoire les uses et coutumes des jours féries et plus précisément celles du Moyen Age.
En ce temps là, la vie est
rythmée par toute une série de fêtes populaires et religieuses autant que par
les saisons et les travaux des champs. Les rituels chrétiens se mêlent alors,
par une curieuse alchimie, aux jeux et agapes d'une population qui connaît la
sévérité des temps et la fragilité de la vie.Pour le peuple paysan du royaume
de France, l'année nouvelle commence à
Noël lorsque les labours d'automne et les semailles de blé d'hiver sont
terminés. Débute alors une époque marquée tout à la fois par un repli familial
autour de l'âtre et par les réjouissances villageoises. Noël est de toutes les
fêtes, la plus populaire. On décore les maisons de houx et de branchages. La
crèche, coutume provençale popularisée par Saint François d'Assises au début du
XIII ème siècle, est installée prés du foyer. Après la messe de minuit tout le
village réveillonne avant les jeux du lendemain. Dans le Nord, les enfants
organisent des combats de coqs. En Bourbonnais une soule, sorte de rugby sans
règle bien précise,est disputé par les célibataires contre les hommes mariés
dans une atmosphère qui confine parfois au combat de rue. Après 3 jours de
repos et pour certains de remise en forme, c'est la fête des innocents. A
l'église, les enfants de chœur ont le privilège de prendre la place des prêtres
autour de l'autel. Mais cette coutume fut bientôt supprimée tant les récits de
franche rigolade dans les lieux saints étaient nombreux. Le 1er
janvier, la fête de la circoncision et du nom de Jésus, est aussi depuis
l'antiquité le jour des étrennes. L'Epiphanie, le Trémédi (le treizième jour),
est la fête des rois, célébrée avec un éclat particulier. Les paysans font
ripaille et tirent la fève. Mais c'est aussi l'une des dates où l'on s'acquitte
des redevances. Puis arrive février où les paysans rapportent de l'église, à la
Chandeleur, le cierge bénit,
soigneusement réservé pour être allumé en cas de danger, d'orage ou au chevet
des mourants.
La grande période des réjouissances prend fin avec
le carême ‘très haï des pauvres gens ». Aussi les jours précédents, les
jours « gras », sont l'occasion de ripailles, fêtes, danses et
cortèges plus ou moins contrôlés. Les étudiants de Montpellier entrent armés
dans les maisons pour y dérober les viandes, jeter de la paille et des pierres
sur les occupants. L'effervescence ne se calme qu'avec l'entrée dans la
quarantaine du Carême. Les fidèles, excepté le dimanche, doivent s'abstenir de
viande mais aussi souvent d'œufs et de lait. Le régime du jeûne consiste en
harengs salés ou parfois du crapois, de la baleine séchée, le tout agrémenté de
pois secs et de fèves. Le jeudi Saint, ou Jeudi absolu, les évêques, rois,
seigneurs et autres bons chrétiens reçoivent les pauvres, autant que possible
au nombre de douze, en mémoire des Apôtres, leur lavent les pieds et les
convient à leur table. Mais de l'intention à la pratique il y a souvent un
gouffre. Saint Louis, fidèle à cette pratique, tente en vain d'y convertir un
entourage plus que réticent. Enfin viennent les réjouissances de Pâques. Les
cloches carillonnent tandis que les femmes, en cortège, miment la procession au
tombeau. Le jeûne prend fin dans une ambiance qui n'évite souvent pas la
licence. Ainsi, pour éviter les tentations, certaines
villes, telle Uzès, expulsent temporairement les « folles filles »,
pour une durée de deux à six semaines
La belle saison est aussi celle de la reprise des guerres. En cas de paix, les tournois, simulacres de combats, occupent la noblesse locale et certains champions professionnels. Les paysans participent aux fêtes en même temps que la foule des jongleurs, chanteurs, acrobates, montreurs de bêtes ou autres commerçants d'armes, de tissus sans oublier les ribauds et mendiants. L'un des divertissements les plus populaires est la ronde Les jeunes gens plantent un arbre qu'ils enguirlandent et autour duquel ils dansent la carole alors que d'autres vont boucher les cheminées des maris trompés. Le printemps se termine en juin par la célébration de saints particulièrement aimés : le 24, saint Jean-Baptiste, le 29, saint Pierre et saint Paul.
L'été marque une pause dans les festivités car c'est la grande saison d'activité des paysans. Mais pour autant les moissons et les vendanges sont encore l'occasion de fêtes où les rituels païens se mêlent aux bénédictions chrétiennes. Le paysan doit savoir s'attirer les bonnes grâces d'où qu'elles viennent.
Force nous est de constater après lecture de ces lignes, qu'aujourd'hui nous sommes bien loin de toutes ces considérations, et que nos préoccupations actuelles en ces jours chômés, son plus des questions d'organisation de loisirs, et si pour peu que ces jours féries tombent proche d'un début ou d'une fin de week end, l'occasion de faire « le pont » et de mettre les voiles, un peu un avant goût des vacances en fait...
Par VENEZIA, Lundi 23 Avril 2007 à 14:31 GMT+2 dans La hotte du colporteur (article, RSS)






