venezia

Liberté, Egalité, Fraternité

Dans la soirée du 24 février 1848, la République est ainsi proclamée par Lamartine, Ledru-Rollin et leurs collègues, venus du Palais-Bourbon, siège de la chambre des députés, ) l'Hôtel de ville, cœur révolutionnaire de la capitale. Ceints de leurs écharpes  d'élus, ils apportent leur légitimité au Paris insurgé, figuré, sur l'image symbolique de cette scène fondatrice, par une foule masculine, moitié civile, moitié militaire, aux couvre-chefs variés. Elle brandit  des armes et des drapeaux, barrés de l'inscription : « Vive la république ! ». Des drapeaux tricolores : Lamartine, député de la Côte D'or, poète fameux et engagé, a convaincu le peuple de préférer le drapeau tricolore, celui de la France, au drapeau rouge, et sanglant de la Révolution. Sur la place de l'hôtel de ville, la foule est immense, fervente et pacifique. Elle acclame l'avènement de la seconde République, plus d'un demi-siècle après la première, celle de 1792. Une république qu'elle veut « démocratique et sociale », généreuse et efficace, modèle européen pour le « printemps des peuples ».

Un « gouvernement provisoire » de onze membres est constitué. Il comporte des républicains libéraux, venus du journal Le National, et des républicains socialistes, appuyés sur La

Réforme. La plus part sont des politiques, qui ont mené l'opposition à Louis-Philippe. Le célèbre astronome François Arago et l'ouvrier Albert représentent la société civile. Ce gouvernement s'articule en plusieurs ministères et faute d'un véritable « ministère du Travail », souhaité par les ouvriers, il s'adjoint une commission dite « du Luxembourg », qui en fait office. Louis Blanc la préside. Sa tâche est immense. Comment lutter contre le chômage ? Jusqu'où aller dans la proclamation du « droit au travail » ?

Le gouvernement provisoire siège à l'Hôtel de Ville, dans une extraordinaire effervescence, entretenue par les clubs, les délégations, les manifestations de toutes sortes, par lesquelles le peuple tente de se faire entendre, rappelant sans cesse que le pouvoir est dans la rue. La province, plus lointaine, malgré les progrès du télégraphe optique dans la transmission des nouvelles, est calme, attentive, réservée.

Le gouvernement provisoire prend rapidement plusieurs mesures significatives de sa philosophie politique ; D'abord, il proclame le suffrage « universel », du moins pour les hommes. Plus aucune condition de fortune : les prolétaires votent ; Mais pas les femmes, toujours censées être représentées par leur mari. C'est la rupture entre les femmes et le mouvement ouvrier, qui avait pourtant célébré leur alliance. D'où la protestation énergétique d'une minorité. Eugénie Niboyet, Pauline Roland, Jeanne Deroin... Dans les journaux, « l'opinion des femmes, La voix des femmes... », leurs clubs, leurs manifestations, elles défendent leurs droits et l'idée que les femmes apporteraient à « ce grand ménage qu'est l'Etat » un complément indispensable à une réelle université. En dépit du refus de Georges Sand d'être leur candidate, celle-ci,  pourtant très engagée dans le combat républicain, estimant propriétaire l'obtention des droits civils, elles mènent durant les élections une campagne symbolique active. Les femmes n'obtiendront le droit de vote qu'en 1944, indice d'une forte résistance de la démocratie française à l'égalité politique des sexes.

La  « question sociale », brûlante et amplifiée par la crise, était la plus urgente. La Commission du Luxembourg, où siégeaient des délégués ouvriers, s'efforçait de réfléchir et d'agir. Elle prit un décret limitant la durée de travail à 10 heurs à Paris et à 12 heures en province, supprima le travail concurrentiel dans les prisons, proposa d'augmenter l'impôt de 45 % pour financer les réformes et, notamment, les ateliers nationaux ouverts, faute de mieux, pour fournir du travail aux chômeurs.

 

Cependant, Paris bruissait de fêtes, de manifestations, de clubs de toutes sortes où l'on refaisait le monde. Les murs se couvraient d'affiches de proclamations. Délivrés de toutes censure, journaux, brochures voyaient le jour, dans une extraordinaire atmosphère de liberté, qui gagnait les provinces. Un peu partout, jusque dans des villages, on plantait des « arbres de la liberté ». On rêvait de réconciliation et d'égalité dans la liberté, appuyée sur une solidarité consentie et consensuelle. La seconde République, en ses débuts, a quelque chose d'idyllique, comme un répit dans l'histoire des peuples, une respiration dans celle de la démocratie en marche.

 

La seconde république progresse dans sa marche institutionnelle. Elle se dote d'une Constitution, d'un président de la République élu au suffrage « universel » Louis-Napoléon Bonaparte (décembre 1848), et d'une Assemblée législative (mai1849).

 

Moment unique d'éducation sentimentale, adieu au romantisme, expérience politique sans précédent, la révolution de 1848 n'en demeure pas moins un temps fort de l'histoire de la République et de la démocratie en France et en Europe.

 

Le 6 mai prochain,  quand je m'apprêterai  à glisser mon bulletin de vote dans l'urne, j'espère que beaucoup comme moi ,prendront le parti d'offrire à notre pays le souffle d'une nouvelle république plus « démocrate et sociale », où la liberté de chacun sera respectée, où nous ne serons plus  prisonniers d'un  « virus nommé « cac40 », où notre liberté ne s'arrêtera pas là, où commencera celle de notre prochain, où la culture trouvera enfin la place qui lui convient, où nous réapprendrons à vivre ensemble en êtres civilisés, dans un pays où chacun aura sa place avec la  possibilité de s'exprimer  librement  sans complexes de couleurs, de religions, de préférence sexuelle.

Ce n'est pas une Utopie que de croire possible cela, c'est juste du défaitisme et de la peur que de ne pas essayer,  Nos ancêtres ont certes eu beaucoup de mal, mais ils se sont battus pour y parvenir. Le pouvoir doit rester dans la rue, et non aux mains d'un petit groupe, il est temps que revienne le « Printemps des peuples »

Vos commentaires

1 Le Jeudi 26 Avril 2007 à 13:10 GMT+2, par jardinbarbant

Bel article, instructif et engagé. Espérons effectivement que nos concitoyens, à l'instar des Israélites au désert de la Bible, ne se laisseront pas gagner, le 6 mai prochain, par la frénésie du culte du Veau d'or. La France mérite mieux que devenir une énième copie des Etats-Unis ou de l'Italie de Berlusconi.

Autres publications sur le sujet

Aucune référence pour le moment.

Vous pouvez faire référence à votre publication en utilisant ce rétrolien

Commenter cet article

*


Pour être sûr... combien font 1 + 5 ? *

Se souvenir de moi


Les champs marqués d'un * sont obligatoires
Votre commentaire sera affiché en texte brut à l'exception des liens