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Vous dites d'Albinoni ?

A JC et à LARA pour avoir éveillé ma curiosité ;-)

 Antonio Canal detto Canaletto (1697-1768) Plazza San Marco
Né à Venise  en 1671 au sein d'une famille aisée, et mort dans la même ville en 1751, Tomaso Albinoni à pu vivre pour sa passion musicale et non par elle, ce qui lui valu à l'époque le surnom « d'amateur ». Violoniste contemporain d'Antonio Vivaldi (1678-1741), Albinoni cumule à son actif plus d'une cinquantaine d'opéras, de sonates et de concertos. Il n'était nullement un compositeur inconnu de son vivant, et influença Bach qui appréciait sa musique au point de lui emprunter certains thèmes dans ses propres fugues pour orgue. Malheureusement vite oublié à sa mort, pour n'être redécouvert qu'au XXème siècle. S'il est célèbre aujourd'hui c'est par « son Adagio »

Depuis près d'un demi-siècle, le nom d'Albinoni est inséparable de "l'Adagio" comme celui de Vivaldi l'est des Quatre Saisons. Deux différences de taille séparent toutefois les deux grands Vénitiens dans leur rapport à leur œuvre emblématique : tout d'abord, si la réputation de Vivaldi repose désormais sur un vaste répertoire dépassant très largement le champ restreint de ses quatre plus fameux concertos, celle d'Albinoni doit presque exclusivement la sienne au fameux Adagio en sol mineur, dont la célébrité continue de masquer une production foisonnante, à peine explorée par les interprètes ; surtout, à la différence de Vivaldi, Albinoni doit sa gloire à l'une des plus étonnantes falsifications de l'histoire musicale puisque son prétendu Adagio... n'est jamais sorti de sa plume !

Il faut noter que pendant les bombardements de Dresde en 1945, la plus part des manuscrits du compositeur furent détruits, ainsi que ceux de bien d'autres hélas...Tomasio Albinoni

Beaucoup d'entre nous ignorent en effet que son auteur véritable n'est autre que Remo Giazotto, le premier biographe d'Albinoni, qui édita l'œuvre en 1958 sous le nom du compositeur. Bien que Giazotto ait toujours revendiqué pour cette composition une filiation albinonienne en affirmant l'avoir élaborée à partir du fragment authentique d'une partie de basse, la tentative de légitimation est pourtant demeurée vaine : le fragment en cause n'a en effet jamais été identifié et tous les spécialistes s'accordent pour reconnaître à l'œuvre éditée par Giazotto, un style parfaitement étranger à celui d'Albinoni... Par un de ces paradoxes familiers de l'histoire musicale, l'imposture aura cependant merveilleusement servi la cause de ce grand musicien plongé dans l'oubli, sur lequel le succès du vrai faux pastiche aura permis de braquer enfin les projecteurs. 

L'œuvre à depuis été jouée par de nombreux chefs d'orchestre, et à même fait l'objet d'une version chanté en 1999. Aussi on ne m'en voudra pas de vous le proposer ici à l'écoute.

Mais puis que je viens ici d'évoquer Tomasio Albinoni, il n'est que lui rendre justice de vous faire écouter ce qu'il a réellement composé, et qui heureusement nous est parvenu.  Il reste cependant encore beaucoup à faire pour qu'Albinoni retrouve la place qui lui revient dans l'histoire musicale : entre l'ombre imposante de son grand contemporain Vivaldi et celle, encombrante, de son faux adagio, le Vénitien méconnu attend encore l'heure de sa véritable réhabilitation.

 

 Concerto n°1 en Fa majeur

Allegro assai

Adagio

Allegro

 

Tomaso ALBINONI

Sinfonie e Concerti opus 2

Ensemble instrumental de ROME

Giorgio SASSO 

 

  

 

Vos commentaires

1 Le Samedi 9 Juin 2007 à 12:30 GMT+2, par jardinbarbant

Etonnant paradoxe que ce compositeur connaissant la célébrité au travers d'une oeuvre qui n'est pas de lui. L'histoire de la musique n'est pas avare de ces canulars : ainsi, par exemple, Mozart se vit-il attribuer un concerto pour violon (en ré majeur dit "Adélaïde", KV Anh C 14.05), écrit, en réalité, par Marius Casadessus dans les années 1930. La supercherie ne fut dévoilée qu'en...1977. Par ailleurs, combien d'autres oeuvres circulèrent-elles, pour de simples raisons commerciales, sous le nom de tel ou tel compositeur en vogue, alors qu'elles étaient l'oeuvre d'un autre, plus obscur, mais visiblement talentueux. Lorsque les manuscrits - et c'est souvent le cas - ont disparu, impossible de déterminer avec certitude le véritable compositeur. Délices de la musicologie :-( !!
Cet Adagio présente, à mes yeux, au moins un intérêt : il permet de se faire une idée de la façon dont on concevait la musique baroque italienne au milieu du XXe siècle, et de mesurer les progrès accomplis depuis dans la connaissance de ce répertoire. La réalisation de Giazotto est sans doute "hors style", mais pas plus que certaines interprétations de la musique baroque dans les années 1960-70, voire 80 (Ah, les Brandebourgeois par Karajan !!).
Quant à la chanson hurlée par l'impossible Lara F. , elle n'est finalement pas pire que d'autres reposant sur le même principe (pour mémoire, par exemple, "Rain and Tears" des Aphrodite Childs, avec son clavecin Bontempi, ses chemises à fleurs et les poils de Demis Roussos), et certainement moins indigne que les disques d'André "Spontex" Rieu, même si ma mère les aime beaucoup :-D !
Merci à toi pour ce très intéressant billet.

2 Le Jeudi 21 Juin 2007 à 09:18 GMT+2, par Julien

Ah mais alors je comprends pourquoi cet Adagio a toujours résonné en moi avec une impression bizarre dûe au style, qui paraissait commme trop romantique. C'est vrai qu'a posteriori, c'est à dire avec cette info que je posséde désormais, ce morceau ne fait vraiment pas 17ème. J'ai horreur d'être trompé. Je l'aimais déjà plus trop à force de l'entendre et de l'entendre encore, mais là je vais à coup sur le détester.
Merci pour l'info en tous cas et pour celles qui figurent dans d'autres billets.
Bisou.

3 Le Mardi 1 Juillet 2008 à 02:27 GMT+2, par Cent-façons

Une vraie contre-façon , merci de nous rendre la vérité .
Comme il est superbe cet Albinoni dans ses oeuvres méconues .

Je ne te remercierai jamais assez pour toute cette culture que tu apportes.

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