venezia

Un amour hors du temps

Car mon coeur n'est pas avec moi mais avec toi. Et s'il n'est pas avec toi il n'est nulle part...

Pour un voyage en musique : Jam dulcis amica

Carmina Gallica :Chansons latines du XIIè siècle

Diabolus in Musica : Antoine Guerbber

Collection Alpha

 

Elle à été chantée par François Villon et Georges Brassens cette « très sage Héloïse qui fut d'abord bien peu sage. Après Iseult morte d'amour Tristan, et avant Juliette morte pour Roméo, Héloïse qui vécue sous le règne de Louis VI est la plus célèbre des héroïnes et la seule qui est vraiment existé. Aussi séduisante qu'intelligente, elle est la première femme qui nous raconte son histoire d'amour.

A trente neuf ans, Pierre Abélard est la coqueluche des Parisiennes qui, comme beaucoup d'érudits étrangers, se pressent pour suivre ses cours particuliers. Ce jeune philosophe est tout le contraire d'un savant confit en dévotion. Au cœur du grand débat d'idées qui passionne les beaux esprits de l'époque, il est l'arbitre incontournable.  Bien que clerc, donc promis à l'église, les femmes du monde le voient comme un chevalier à la mode des romans de la Table Ronde. Pour elles, cet intellectuel fortuné est plus un Lancelot parisien qu'un Saint méditant sur la mort dans la  solitude du désert !

Un jour le chanoine Fulbert, lui demande de lui faire l'honneur et la grâce de donner des cours de « science » à sa jeune nièce Héloïse, issue d'une excellente famille liée à la puissante maison des montmorency. Fulbert est riche, la nièce est séduisante par son intelligence. Bouleversante par ses connaissances en dépit de son jeune âge. N'est -elle pas instruite en latin, en grec en hébreu ? Ne connaît-elle pas la théologie, la physique, la versification et la musique ? Abélard est aussitôt attiré par cette jeune fille de dix sept ans qui le vénérait avant de le connaître. Il la voit tous les jours. Pour elle, Abélard le chevalier se fait troubadour. Il compose et chante des poèmes à sa gloire. C'est Héloïse qui le racontera, beaucoup plus tard, dans sa deuxième lettre, à celui qui est devenu son directeur de conscience après avoir été son amant et son mari, et qui restera son maître jusqu'à sa mort. « Quelle épouse, dit-elle, qu'elle jeune fille ne te désirerait pas absent, ne brûlait pour toi, présent !...pour ces deux attraits par lesquels tu pouvais captiver la part animale de n'importe quelle femme, d'une part le don de composer des poèmes, d'autre part celui de les chanter. Tu mettais le nom d'Héloïse dans toutes les bouches. »
Si la chanson est courtoise, l'appétit de jouissance est bien charnel et, précise Héloïse, « parce que tes poèmes chantaient nos amours, la jalousie des parisiennes à mon égard, s'aviva. » Fulbert ne pouvait donc rien ignorer de ces amours coupables, consommées sous son toit, puisque tout Paris était au courant.

Quand la jeune femme est enceinte, le couple part fuir le scandale en Bretagne près de Nantes, au pays d'Abélard. Quand elle rentre, sans qu'on sache rien de l'enfant de l'amour, elle est nommée prieure du couvent d'Argenteuil près de Paris, bien qu'elle soit mariée secrètement. Abélard vient la retrouver. Mais aux yeux de Fulbert, parrain et tuteur d'Héloïse, Abélard est toujours « le violeur moral » et non pas le mari. Cette passion tumultueuse interdit à sa nièce d'accéder et la condition sociale qu'elle mérite par sa naissance. Ulcérée par le défi permanent d'Abélard, Fulbert recrute deux « écorcheurs » qui l'agressent et le châtrent.

Une nouvelle fois le scandale est énorme. Fulbert s'est attaqué à un homme d'église et à une gloire nationale. Le roi Louis VI ordonne que la justice soit prompte. Les deux agresseurs subissent la loi du talion (œil pour œil), puis son aveuglés. Le chanoine lui, est privé de ses ressources, dont les bénéfices liés au chapitre. Un peu légère la peine pour le vrai responsable du crime qui n'est puni que dans sa bourse. Mais tout ceci ne m'est pas fin à l'histoire d'amour  du couple, au contraire commence alors pour eux une nouvelle aventure, spirituelle cette fois En 1129, Héloïse, conduit ses moniales près d'un ermitage qu'Abélard à fondé en Champagne.  Abbesse de ce nouveau monastère, le Paraclet, voué à l'esprit saint consolateur, Héloïse devient la première « femme philosophique »  sous la direction éclairée de son mari qui l'entraîne cette fois dans les plus hauts chemin de  l'esprit. Par écrit elle lui pose 42 questions sur des problèmes d'interprétation de l'Ecriture Sainte. Mais la dernière pose la vraie question : Quelqu'un peut il pécher  en accomplissant ce qui est permis et même ordonné par Dieu ? Abélard répond par un surprenant traité de mariage et explique la nécessité de réprimer désir et plaisir. C'était effectivement plus facile pour lui... Il meurt à 63 ans dans un modeste prieuré de Cluny. Héloïse le rejoint enfin 10 ans plus tard, toujours éperdue d'amour immodéré.

 

Antoine Audouard, auteur du roman « Adieu, mon unique »,choisit de faire raconter ces amours devenus légendaires par Guillaume d'Oxford, disciple loyal d'Abélard et amoureux silencieux d'Héloïse. À travers son regard, nous nous trouvons plongés dans l'ambiance de cette France du XIIe siècle, loin des clichés sur l'obscurantisme du Moyen Âge. Le silence des retraites alterne avec les rumeurs d'un Paris en constante évolution. Un cri pourtant domine : celui d'Héloïse, amoureuse moderne qui assume son désir jusqu'au bout.

 

 

 

 

Vos commentaires

1 Le Vendredi 22 Juin 2007 à 18:29 GMT+2, par Henri-Pierre

Merci, venezia de ce passage chez moi, il me permet le plaisir de vous découvrir.
Jardin Baroque m'en avait d'ailleurs parlé.

2 Le Samedi 23 Juin 2007 à 09:50 GMT+2, par jardinbaroque

J'aime beaucoup cet article. Non seulement, il raconte une histoire qui m'a toujours beaucoup "parlé", mais il est composé avec un goût très sûr et parfaitement illustré, qu'il s'agisse des photos ou de la musique. Bravo et merci.

3 Le Dimanche 24 Juin 2007 à 17:01 GMT+2, par v.king

J'ai lu ce livre il y a très longtemps... un cadeau d'un ami toujours cher et qui restera toujours présent dans mon paysage "vital", quelles que soient les distances et nos parcours respectifs...Il m'a éveilllé au beau...Et voir ce livre ici sur ton blog Venezia m'émeut, je ne sais trop pourquoi (larmichette facile et pourtaznt je ne suis pas enceinte!!!).
Merci d'en avoir parlé!!

4 Le Dimanche 24 Juin 2007 à 18:48 GMT+2, par venezia

Si maintenant mes billets émeuvent, ou vas t-on ;-) Je vais te faire un aveux cher Vking, moi aussi il m'a ému ! ( je crois que c'est le même ami qui me l'a offert ;-) )

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