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Aux frais de la princesse...

Georges de la Tour : 1593-1652, Joseph charpentier (détail)

Dans des billets précédant, j'ai eu l'occasion de faire avec vous le tours de diverses expressions que comporte notre langue. Aussi aujourd'hui promenons nous une fois de plus parmi elles, et arrêtons nous un instant, si vous le désirez, à travers celles faisant allusion  à l'argent.

Autrefois, les chandelles étaient le seul mode d'éclairage dont on disposait. Elles étaient en général fabriquées en suif, ou en cire pour les plus luxueuses. Quelles que soit le matériau, elles étaient très coûteuses. L'expression "brûler la chandelle par les deux bouts" apparut au XVIe siècle et signifiait "gaspiller des choses qui ont de la valeur", en référence aux chandelles. Aujourd'hui, le sens n'a pas changé.

Autrefois, l'expression "Avoir du foin dans ses bottes"  semble être apparue aux alentours du XVIIIe siècle, on disait à l'époque "avoir bien mis de la paille dans ses souliers".  Elle signifie qu'une personne née dans un milieu modeste ou pauvre est devenue riche. Autrefois, les paysans les plus riches disposaient du foin dans leurs sabots pour les rendre plus confortables. De plus, une "botte" était également une meule de foin, ce qui représentait une grande quantité et donc, une certaine richesse. Enfin, seuls les plus aisés pouvaient s'offrir des bottes, les autres ayant de simples sabots. Ainsi, l'expression joue à la fois sur le double sens de "botte" et sur la nuance qui existait entre les différents types de souliers. Aujourd'hui encore, on utilise cette locution pour signifier qu'une personne est riche.

Avez-vous déjà employé l'expression ‘taper le manche ? A la Renaissance, le mot "manche" signifiait "cadeau". Ce sens daterait du Moyen Age où, durant les tournois, les femmes donnaient une manche de leur habit au chevalier qui se battait pour elles. "Faire la manche" est apparu au XVIIIe dans le langage des saltimbanques et a pris le sens de "quête". On l'emploie toujours aujourd'hui pour parler de chanteurs de rues, de comédiens ou encore des musiciens dans les transports en commun.

Michelangelo Merisi, dit Le Caravage : 1571 – 1610 : Le tricheur à l’as de carreau

Être plein aux as : il existe deux explications à cette expression. La première remonte à l'Antiquité Romaine. En latin, un "as" était une petite pièce de cuivre qui pesait quelques grammes. Or, à cette époque, les paiements s'effectuaient en poids et non en valeur. Alors, pour payer de grosses sommes avec les "as", il fallait en remplir des chariots, qui n'étaient pas faciles à transporter. Donc, une grande quantité de cette monnaie signifiait que l'on percevait une grosse somme d'argent, et ainsi que l'on était riche. La deuxième origine donnée à cette expression provient du jeu de poker où un full aux as permet d'empocher beaucoup. Il s'agirait donc d'un jeu de mots entre "en avoir plein les poches" et "être plein aux as", un "plein" étant l'équivalent d'un full. Consommer à l'œil signifie consommer gratuitement. Au XIXe siècle déjà, on disait "avoir un repas à l'œil", pour signifier qu'on l'obtenait à crédit. Cette expression pourrait provenir de "ne payer que de sa personne", qui signifie que celui qui rendait un service ne le faisait sans aucune autre garantie que l'apparence de son client. Egalement, on disait en provençal : "compra à l'uéti" qui signifiait "acheter sans peser", donc acheter en estimant seulement le poids. Ensuite est apparue l'expression "faire un œil à quelqu'un" pour figurer qu'on lui faisait crédit. Par extension, "consommer à l'œil" aurait pris le sens de "gratuitement".

Claude Vignon : 1593 -1670 : Crésus réclamant le tribut à un paysan de Lydie

Au VIe siècle avant JC, le riche Crésus régnait sur la Lydie. Il tenait ses richesses du Pactole, la rivière qui cachait multitude de paillettes d'or. Il voulut un jour montrer au philosophe Solon qu'il était le plus heureux grâce à ses richesses. Ce à quoi celui-ci répondit qu'un homme ne pouvait dire s'il avait été heureux qu'au moment de mourir. Peu de temps après cet épisode, de nombreux malheurs s'abattirent sur Crésus. On dit aujourd'hui d'une personne très riche qu'elle est "riche comme Crésus".

Au XVIe siècle, on donnait aux mendiants en leur lançant l'argent par la fenêtre. De là a perduré l'expression « jeter l'argent par les fenêtres » qui signifie que l'on est très dépensier.

« En être de sa poche » : Autrefois, une "poche" désignait un sac et avait souvent un lien avec la notion d'argent. Dans cette expression de la fin du XIXè siècle, c'est cette même notion que l'on retrouve. Elle signifie que l'on a fait des dépenses qui ne devaient pas être les nôtres. "De sa poche" a ici le sens de "avec son propre argent". L expression : "Gagner son pain à la sueur de son front" fait  référence à la Bible. En effet, dans la Genèse (chapitre 3, verset 19), on peut lire : "Tu mangeras ton pain à la sueur de ton visage jusqu'à ce que tu retournes dans la terre d'où tu as été tiré". Il est vrai que le pain est depuis toujours le symbole du travail, ou encore de la récompense reçue en échange d'un rude labeur. Cette expression signifie que l'on gagne de quoi se nourrir soi-même, et ce, par le biais du travail.

Il en existe bien d'autres tournant autour de ce thème, et je ne vous ai cité ici celles que nous employons le plus souvent, et puis entre nous ce travail ne m'a pas coûté les yeux de la tête ! Tiens donc encore une ! : Celle-ci est apparue au XIXe siècle, elle  serait une forme de superlatif symbolisant "ce qui est le plus cher, le plus important", comme peuvent l'être les yeux sur le visage. "Coûter les yeux de la tête" signifie donc que quelque chose nous a coûté énormément.

Bon j'arrête pour aujourd'hui, j'ai faim, il est temps que j'aille mettre du beurre dans mes épinards ;-)

 

Illustration N°1 : Georges de La Tour 1596-1652: Saint Joseph charpentier (détail), Paris musée du Louvre

Illustration N°2 :  Michelangelo Merisi, dit Le Caravage 1571-1610 : Les tricheurs : Forth Worth ( Texas), Kimbelle art museum

Illustration N03 : Claude Vignon  1593-1670 : Crésus réclamant  le tribu à un paysan de Lydie, Tours musée des beaux arts.

 

Vos commentaires

1 Le Samedi 23 Juin 2007 à 10:29 GMT+2, par jardinbaroque

J'en connais un qui va se coucher moins bête ce soir ;-) ! Je connaissais l'origine de quelques-unes de ces expressions, mais ton billet se révèle être une véritable mine d'informations. Chapeau bas et merci !

2 Le Dimanche 24 Juin 2007 à 11:32 GMT+2, par Julien

Mais où trouves-tu tes sources ?

3 Le Dimanche 24 Juin 2007 à 14:13 GMT+2, par venezia

J'ai un atout : la passion pour ce que je fais çà aide :-)

4 Le Dimanche 24 Juin 2007 à 15:40 GMT+2, par Henri-Pierre

J'aime passionnément notre langue, j'ai fait mon miel de cet article.

5 Le Dimanche 24 Juin 2007 à 18:55 GMT+2, par venezia

@ Henri-Pierre merci pour ce commentaire qui me conforte dans l'idée que peut être après tout je peux créer une dynamique dans ce blog (oui je sais Jardin ce que tu en penses ;-) ), j'aime aussi notre langue dommage que je trébuche souvent sur ses particularités.

6 Le Mercredi 27 Juin 2007 à 18:29 GMT+2, par Henri-Pierre

Mais tout le monde trébuche, Venezia, notre langue est suffisamment riche pour n'être jamais possédée.

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