venezia

Poème de Pierre

 

A son âme

Amelette Ronsardelette,
Mignonnelette doucelette,
Treschere hostesse de mon corps,
Tu descens là bas foiblelette,
Pasle, maigrelette, seulette,
Dans le froid Royaume des mors :
Toutesfois simple, sans relors
De meurtre, poison, ou rancune,
Méprisant faveurs et tresors
Tant enviez par la commune.

Passant, j'ay dit, suy ta fortune
Ne trouble mon repos, je dors.

Pierre de RONSARD (1524-1585)

 

Si vous avez l'occasion de vous promener un jour du côté de Tours, je vous invite à vous poser un instant sur la commune de la Riche, et là vous y découvrirez un site assez exceptionnel, celui du Prieuré de Saint Cosme demeure du sieur Ronsard, mais avant de vous faire un bref résume de sa vie  laissez moi vous narrer l'histoire de ce lieu. Selon la tradition, l'occupation religieuse du site commence au VI siècle. En 1092, un acte atteste  la fondation du prieuré sous la dépendance de la collégiale de Saint-Martin de Tours - confié à 5 chanoines désireux de vivre à l'écart du monde selon la règle de Saint Augustin. L'accueil des Pèlerins en route vers Saint-Jacques de Compostelle constitue le principal élément de développement de ce site.


C'est en 1565 que Pierre de Ronsard reçoit la commende du prieuré dont il bénéficiera jusqu'à sa mort en 1585. Il y recevra de nombreuses visites tels que Catherine de Médicis et ses fils Charles IX et le futur Henri III.
Après une longue période de prospérité, la décadence du prieuré s'amorce et la suppression canonique est prononcée en 1742 par l'archevêque de Tours. L'église est malheureusement transformée en carrière de pierres. Le site devint alors la résidence de l'archevêque puis de l'intendant du Cluzel. Au départ de ce dernier, les bois de Saint Cosme sont rasés. En 1791 le domaine est vendu comme bien national et les maraîchers investissent les lieux le préservant d'autres dégradations.
C'est à compter de 1925, que la sauvegarde de l'art français acquiert des parcelles de terrain et les premières fouilles débutent permettant notamment la découverte des restes de Pierre de Ronsard. Le site subira malheureusement d'autres démolitions, notamment lors des bombardements de la seconde guerre mondiale. L'hôte le plus célèbre ayant vécu en ce lieu  etant ce dernier  arrêtons nous quelques lignes sur ce personnage.

Né en 1524 au manoir de La Possonnière, à Couture sur Loir en Vendômois .Pierre de Ronsard, après avoir été successivement page puis écuyer à la cour de François 1er, embrasse la carrière des lettres. Agé de 19 ans, il devient clerc et prétend alors à la commende de cures et prieurés assurant ainsi le financement de sa carrière. Il peut alors se consacrer à la poésie.
Après les Odes en 1550, il acquiert la reconnaissance de ses contemporains avec les Amours en 1552, destinées à Cassandre Salviati, muse dédicataire du célèbre « Mignonne allons voire si la rose... » Et La continuation des amours ou Les Amours de Marie (1555). Au même moment il devient aux côtés de Joachim du Bellay, le chef de file des poètes de la Pléiade qui oeuvrent pour la défense et l'enrichissement de la langue française.
Devenu poète officiel, il s'essaie tour à tour avec un égal bonheur aux poèmes épiques et parfois graves des Hymnes (1556), puis aux pamphlets politiques dans son « Discours des misères de ce temps (1563) où il évoque le conflit religieux qui oppose catholiques et protestants.

En 1565, Ronsard reçoit du roi Charles IX la commende du prieuré de Saint Cosme. Le poète se voit rappeler la promesse faite d'écrire en 24 livres « La Franciade » (1572), vaste épopée nationale inspirée de L'Enéide de Virgile.
En 1578, les « Sonnets à Hélène, adressés à Hélène de Surgères, fille d'honneur de Catherine de Médicis, et illustrés par le sonnet « Quand vous serez bien vieille au soir à la chandelle... », sont les derniers feux poétiques de la verve amoureuse ronsardienne.
Ronsard, auquel Henri III préfère le jeune Desportes, connaît une demi disgrâce. Malade, il se retire et se partage entre ses prieurés du Vendômois et son cher prieuré tourangeau de Saint - Cosme. Là, soucieux de sa postérité, il travaille à la réédition de ses Œuvres et compose ses derniers vers (1586).
Il meurt à Saint Cosme le 27 décembre 1585 à l'âge de 61 ans. Selon son souhait, il est mis en terre dans l'église prieurale où ses restes reposent toujours.


Devenue Maison d'écrivain grâce à la présence en ses murs de Ronsard, le Prieuré de Saint Cosme est tout entier un hymne au poète : le monument, mais aussi le jardin lui sont dédiés. Pour illustrer son poème le plus célèbre « Mignonne allons voir... » la rose est depuis quelques années la maîtresse des lieux. 200 variétés se mêlent à une superbe collection d'iris. Jusqu'à l'année dernière, huit jardins formaient le cadre du Prieuré. Depuis 2004, les visiteurs peuvent apprécier le neuvième et dernier jardin de roses. Ce jardin souligné par des buis, agrémenté d'un bassin, met l'accent sur les parfums envoûtants des roses anciennes, mais aussi d'une collection de pivoines, de lavandes, de lys, d'arbustes divers et variés. S'imprégnant à la fois du Moyen-Âge et de la Renaissance, mais aussi de l'amour du poète pour les fleurs, les jardins du Prieuré de Saint Cosme sont une création contemporaine qui associe le profane et le sacré ; Il convient de noter que le site est classé « Jardin remarquable. »
Le réfectoire, construit dans la première moitié du XIIème siècle fut restauré après les bombardements. A l'intérieur, la chaire du lecteur, témoigne encore de riches décorations.
L'hostellerie datant du XIIIème, qui jouxte le réfectoire, abrite aujourd'hui la bibliothèque des Amis de Ronsard.
Rose Pierre de Ronsard

Le site calme et reposant, est le théâtre de nos jours, de différentes manifestations musicales dont le festival de musique ancienne, et cette année n'échappant pas à la coutume, ce dimanche fut l'occasion d'accueillir Guillaume de Machaut autre poète et troubadour  au XIVème siècle. L'ensemble Tourangeaux Diabolus in Musica, nous a émerveillé par la qualité de sa prestation et la richesse des textes de Machaut, rendant ainsi  le temps d'un concert, la place qu'occupait ce lieu au temps de Ronsard, celle  de l'amour de la poésie et de notre langue.
Ce fut pour ma part un moment d'extase, ou le présent s'est effacé pour laisser parler Guillaume de Machaut qui s'était invité chez Ronsard.

Mais pour vous raconter cette journée de poésie et de musique, je laisse  la plume à Jardinbaroque, qui  mieux que je ne saurais le faire, aura cœur à partager avec nous ce moment d'exception..

 

Vos commentaires

1 Le Lundi 25 Juin 2007 à 21:15 GMT+2, par jardinbaroque

Voici un article joliment illustré et intéressant. Je crois, sans me tromper, que c'est ce qu'il y a actuellement de plus complet sur le web concernant cet endroit magnifique. Alors merci qui ;-) ? Merci à toi !

2 Le Lundi 25 Juin 2007 à 21:28 GMT+2, par venezia

Si tu ne m'avais pas un jour donné la possibilité de découvrir, et d'apprécier tout ceci, Ce billet ne serait pas, et en cela je ne te remercierai jamais assez, ou peut être si, en épanouissant chaque jour un peu plus Venezia ;-)

3 Le Lundi 25 Juin 2007 à 21:31 GMT+2, par jardinbaroque

En l'épanouissant et en le modelant à ton image, car cette envie de connaître, de découvrir, c'est à toi seul que tu la dois.

4 Le Mercredi 27 Juin 2007 à 18:28 GMT+2, par Henri-Pierre

Que la jolie musique des vers s'accomode bien de celle de votre dialogue.
Mais chut, je ne les trouble plus.

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