Poème de Pierre

A son âme
Amelette Ronsardelette,
Mignonnelette doucelette,
Treschere hostesse de mon corps,
Tu descens là bas foiblelette,
Pasle, maigrelette, seulette,
Dans le froid Royaume des mors :
Toutesfois simple, sans relors
De meurtre, poison, ou rancune,
Méprisant faveurs et tresors
Tant enviez par la commune.
Passant, j'ay dit, suy ta fortune
Ne trouble mon repos, je dors.
Si vous avez l'occasion de vous promener un jour du côté de Tours, je vous invite à vous poser un instant sur la commune de la Riche, et là vous y découvrirez un site assez exceptionnel, celui du Prieuré de Saint Cosme demeure du sieur Ronsard, mais avant de vous faire un bref résume de sa vie laissez moi vous narrer l'histoire de ce lieu. Selon la tradition, l'occupation religieuse du site commence au VI siècle. En 1092, un acte atteste la fondation du prieuré sous la dépendance de la collégiale de Saint-Martin de Tours - confié à 5 chanoines désireux de vivre à l'écart du monde selon la règle de Saint Augustin. L'accueil des Pèlerins en route vers Saint-Jacques de Compostelle constitue le principal élément de développement de ce site.
C'est en 1565 que Pierre de
Ronsard reçoit la commende du prieuré dont il bénéficiera jusqu'à sa mort en
1585. Il y recevra de nombreuses visites tels que Catherine de Médicis et ses
fils Charles IX et le futur Henri III.
Après une longue période de
prospérité, la décadence du prieuré s'amorce et la suppression canonique est
prononcée en 1742 par l'archevêque de Tours. L'église est malheureusement transformée
en carrière de pierres. Le site devint alors la résidence de l'archevêque puis
de l'intendant du Cluzel. Au départ de ce dernier, les bois de Saint Cosme
sont rasés. En 1791 le domaine est vendu comme bien national et les maraîchers
investissent les lieux le préservant d'autres dégradations.
C'est à compter de 1925, que la
sauvegarde de l'art français acquiert des parcelles de terrain et les premières
fouilles débutent permettant notamment la découverte des restes de Pierre de
Ronsard. Le site subira malheureusement d'autres démolitions, notamment lors
des bombardements de la seconde guerre mondiale. L'hôte le plus célèbre ayant vécu
en ce lieu etant ce dernier arrêtons nous quelques lignes sur ce
personnage.
Né en 1524 au manoir de La Possonnière, à Couture
sur Loir en Vendômois .Pierre de Ronsard, après avoir été successivement page
puis écuyer à la cour de François 1er, embrasse la carrière des
lettres. Agé de 19 ans, il devient clerc et prétend alors à la commende de
cures et prieurés assurant ainsi le financement de sa carrière. Il peut alors
se consacrer à la poésie.
Après les Odes en 1550, il
acquiert la reconnaissance de ses contemporains avec les Amours en 1552,
destinées à Cassandre Salviati, muse dédicataire du célèbre « Mignonne
allons voire si la rose... » Et La continuation des amours ou Les Amours de
Marie (1555). Au même moment il devient aux côtés de Joachim du Bellay, le chef
de file des poètes de la
Pléiade qui oeuvrent pour la défense et l'enrichissement de
la langue française.
Devenu poète officiel, il
s'essaie tour à tour avec un égal bonheur aux poèmes épiques et parfois graves
des Hymnes (1556), puis aux pamphlets politiques dans son « Discours des
misères de ce temps (1563) où il évoque le conflit religieux qui oppose
catholiques et protestants.
En 1565, Ronsard reçoit du roi
Charles IX la commende du prieuré de Saint Cosme. Le poète se voit rappeler la
promesse faite d'écrire en 24
livres « La Franciade » (1572), vaste épopée nationale
inspirée de L'Enéide de Virgile.
En 1578, les « Sonnets à
Hélène, adressés à Hélène de Surgères, fille d'honneur de Catherine de Médicis,
et illustrés par le sonnet « Quand vous serez bien vieille au soir à la
chandelle... », sont les derniers feux poétiques de la verve amoureuse
ronsardienne.
Ronsard, auquel Henri III préfère
le jeune Desportes, connaît une demi disgrâce. Malade, il se retire et se
partage entre ses prieurés du Vendômois et son cher prieuré tourangeau de Saint
- Cosme. Là, soucieux de sa postérité, il travaille à la réédition de ses
Œuvres et compose ses derniers vers (1586).
Il meurt à Saint Cosme le 27
décembre 1585 à l'âge de 61 ans. Selon son souhait, il est mis en terre dans
l'église prieurale où ses restes reposent toujours.

Devenue Maison d'écrivain grâce à
la présence en ses murs de Ronsard, le Prieuré de Saint Cosme est tout entier
un hymne au poète : le monument, mais aussi le jardin lui sont dédiés. Pour
illustrer son poème le plus célèbre « Mignonne allons voir... » la rose est
depuis quelques années la maîtresse des lieux. 200 variétés se mêlent à une
superbe collection d'iris. Jusqu'à l'année dernière, huit jardins formaient le
cadre du Prieuré. Depuis 2004, les visiteurs peuvent apprécier le neuvième et
dernier jardin de roses. Ce jardin souligné par des buis, agrémenté d'un
bassin, met l'accent sur les parfums envoûtants des roses anciennes, mais aussi
d'une collection de pivoines, de lavandes, de lys, d'arbustes divers et variés.
S'imprégnant à la fois du Moyen-Âge et de la Renaissance, mais
aussi de l'amour du poète pour les fleurs, les jardins du Prieuré de Saint
Cosme sont une création contemporaine qui associe le profane et le sacré ;
Il convient de noter que le site est classé « Jardin remarquable. »
Le réfectoire, construit dans la
première moitié du XIIème siècle fut restauré après les bombardements. A
l'intérieur, la chaire du lecteur, témoigne encore de riches décorations.
L'hostellerie datant du XIIIème,
qui jouxte le réfectoire, abrite aujourd'hui la bibliothèque des Amis de
Ronsard.
Le site calme et reposant, est le
théâtre de nos jours, de différentes manifestations musicales dont le festival
de musique ancienne, et cette année n'échappant pas à la coutume, ce dimanche
fut l'occasion d'accueillir Guillaume de Machaut autre poète et troubadour au XIVème siècle. L'ensemble Tourangeaux
Diabolus in Musica, nous a émerveillé par la qualité de sa prestation et la
richesse des textes de Machaut, rendant ainsi
le temps d'un concert, la place qu'occupait ce lieu au temps de Ronsard,
celle de l'amour de la poésie et de
notre langue.
Ce fut pour ma part un moment d'extase,
ou le présent s'est effacé pour laisser parler Guillaume de Machaut qui s'était
invité chez Ronsard.
Mais pour vous raconter cette journée de poésie et de musique, je laisse la plume à Jardinbaroque, qui mieux que je ne saurais le faire, aura cœur à partager avec nous ce moment d'exception..
Par VENEZIA, Lundi 25 Juin 2007 à 19:02 GMT+2 dans Tous les chemins (article, RSS)
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