venezia

Une voix pour L'eternité

"J'ai perdu ma voix. Il ne me reste qu'à mourir."
Maria Callas - Bellini - Casta Diva (Opera 'Norma' 1961)

17 septembre 1977, Metz la ville de mon enfance. J'avais onze ans je venais de rentrer en classe de 6ème,  je me revois avec ma mère arrachant la tapisserie de la chambre que je partageais avec mes sœurs. En fond sonore la radio comme de coutume rythmait notre travail, soudain le programme s'interrompt et un journaliste prend la parole : « Nous apprenons à l'instant la disparition à son domicile parisien  de celle que l'on nomme la Diva, du siècle Maria Callas» Et là je vois ma mère blanchir et  prendre une mine triste, se précipite sur le poste pour entendre mieux le flash spécial. C'est alors qu'un chant mélodieux  s'élève du poste, reprenant je ne sais plus quel air célèbre de la cantatrice, à ce moment là je me rappel ce frisson dans le dos qui me saisit : je venais de faire ma première rencontre avec Maria Callas et par la même occasion mon amour pour le chant lyrique et la musique classique, de près ou de loin ne devait plus me quitter.

Vous trouverez peut être un peu « lourd et dégoulinant » l'introduction de ce billet, et pour tant à peut de chose prés c'est ainsi que les choses se sont passées, alors pourquoi les dire autrement ? Alors arrêtons nous si vous le voulez bien le temps d'un billet, sur le destin exceptionnel de celle qui dit un jour à sa sœur peu de temps avant sa mort  « Me retirer ! Moi! Mais pourquoi? Pour faire quoi? Que faire si on ne travaille pas ?(...). "Sans ma voix, qui suis-je ? "

De tessiture soprano, elle a abordé une large gamme de rôles, allant du bel canto au soprano dramatique, et reste dans les mémoires comme l'une des plus grandes cantatrices du XXe siècle, à la fois par le timbre très particulier de sa voix et sa capacité à animer les personnages qu'elle jouait. Si « la Callas » demeure, sans nul doute, la cantatrice la plus célèbre de la seconde moitié du XXe siècle, sa renommée tient en partie à de mauvaises raisons. Sa vie privée, sa liaison avec Aristote Onassis, entre autres, ont fait la une des journaux à scandale à une époque où sa carrière était pratiquement terminée. Au-delà d'anecdotes sans intérêt, on oubliait tout ce qu'elle avait apporté à l'art lyrique à une époque où le public commençait à se détourner des spectacles conventionnels et routiniers. Sa technique, toujours à la recherche de la perfection, lui permit d'aborder des styles aussi différents que ceux de : Giuseppe Verdi, Gioacchino Rossini, Gaspare Spontini, Vincenzo Bellini, et bien d'autres Elle fut la Lucia di Lammermoor de sa génération, révélant, au-delà de vocalises maîtrisées avec insolence, les multiples facettes d'un personnage troublant, ce qui ne l'empêcha pas d'incarner Isolde de Wagner  avec la même ardeur. Pas de virtuosité gratuite ou d'insouciance inconsidéré dans ses interprétations mais le souci constant de rendre la musique plus expressive et de restituer à une partition sa vérité musicale et sa vraisemblance dramatique en utilisant qualités et défauts d'un timbre de voix dont la pureté n'était pas la qualité première.

Le 16 septembre 1977, à 13h30, tombe le rideau final d'une vie de controverses, un soap opéra maquillé en tragédie grecque en quatre actes mais sans unité de lieu ni de temps. New York, Athènes, Milan et Paris ont servi de cadre à son existence. Quatre personnages ont tiré les ficelles : Evangelia Calogeropoulou, sa mère; Elvira de Hidalgo, son professeur; Giovanni Battista Meneghini, son mari; et enfin Aristote Onassis, son destin...La cause de sa mort reste aujourd'hui un mystère : si la raison officielle est «crise cardiaque», il est vraisemblable qu'elle s'est suicidée par une absorption massive de tranquillisants. La hâte avec laquelle elle fut incinérée, le vol de l'urne funéraire (retrouvée quelques jours plus tard) puis la dispersion de ses cendres en mer Égée rendront impossible toute autopsie.

Pour ma part, je crois que l'on peut raisonnablement pensé, que son talent artistique reconnu aura inspirer bon nombres de cantatrices, après sa mort. Au-delà de la médiatisation dont elle a fait les frais. La Callas reste une référence dans le chant lyrique. L'émotion qu'elle m'inspire, est une sensibilisé à ce genre musical. Oh je reste certes un néophyte papillonnant. Mais grâce à elle, j'ai ouvert mon esprit, aussi souvent que faire se pouvait à cet univers, et bien plus ces dernières années. Bien sûr vous me direz sûrement que d'autres cantatrices à son époque, auraient gagnées également à être connues, et que sans cette médiatisation elle n'aurait peut être pas eu toute cette reconnaissance, peut être,  mais là n'est pas le point que je veux souligner. Ce qui compte avant tout c'est que grâce  au travail d'artistes tel que La Callas il y a plus de 30 ans, ou pour être plus actuel, des artistes comme Nathalie Dessay, Cécilia Bartoli, Philippe Jaroussky et bien d'autres, les personnages interprétées ainsi que tous ces compositeurs qui les ont  mis en musique, gardent une place dans notre présent , et retrouvent une nouvelle vie, ne restant  pas ainsi  un simple nom dans nos dictionnaires.
Il n'y a rien de révolutionnaire dans ce que vous lirez ici, mais si juste 2 ou 3 personnes, tombent par hasard sur ces lignes, et que celles-ci éveil en elles la curiosité et l'émotion que j'ai connu il y a 30 ans, et qu'elles puissent s'en nourrir pour en apprendre plus ce ne sera que 2 gouttes peut être, mais comment naissent les rivières ?

 

Vos commentaires

1 Le Mercredi 27 Juin 2007 à 22:21 GMT+2, par jardinbaroque

Je ne sais pas si les chanteurs actuels dont tu parles revendiquent une quelconque filiation avec la Callas, mais il est certain qu'en termes d'art lyrique, il y a un "avant" et un "après" elle.
Certes, elle n'est pas la première chanteuse à avoir "brûlé les planches" par son investissement dramatique; les témoignages, notamment du XVIIIe siècle, font état d'artistes qui compensaient une voix sans caractère exceptionnel par leur capacité à incarner le rôle qu'ils interprétaient. C'était le cas, par exemple, d'Anna Giro, la protégée de Vivaldi. Mais ce que l'on peut, en revanche, souligner, c'est que Callas, elle, avait tout : la voix et le sens du drame.
Tu rends ici un bel hommage à celle qui a su te faire vibrer quand tu étais plus jeune, et je ne vois pas, à la façon dont tu as exprimé ton admiration pour elle, ce que quiconque pourrait y trouver de dégoulinant.

2 Le Vendredi 29 Juin 2007 à 15:46 GMT+2, par philippe

J'aime beaucoup le début de votre billet qui n'est en rien lourd et dégoulinant mais au contraire délicat et sensible, pudique. Une scène de vie (j'aime le détail de la tapisserie arrachée). En fait pour qui a un peu de sensibilité c'est une scène très violente, et le goût de la musique ne va jamais sans une conscience de la violence faite aux sens. Celà aide à comprendre celui qui écrit et c'est un des charmes du blog que cette expression sur soi.

3 Le Jeudi 5 Juillet 2007 à 16:08 GMT+2, par Gaëlle

C'est quoi du chant lyrique?

4 Le Jeudi 5 Juillet 2007 à 17:02 GMT+2, par venezia

On peut rien vous cacher Gaëlle ;-)

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