Mercredi 8 Octobre 2008
Séraphine
Par VENEZIA, Mercredi 8 Octobre 2008 à 11:23 GMT+2 dans Cap ciné
Marin Maris "La rêveuse" Jordi Savall tous les matins du monde

En 1912, le collectionneur allemand Wilhelm Uhde, premier acheteur de Picasso et découvreur du douanier Rousseau, loue un appartement à Senlis pour écrire et se reposer de sa vie parisienne. Il prend à son service une femme de ménage, Séraphine, 48 ans. Quelque temps plus tard, il remarque chez des notables locaux une petite toile peinte sur bois. Sa stupéfaction est grande d'apprendre que l'auteur n'est autre que cette dernière. S'instaure alors une relation improbable entre le marchand d'art visionnaire et l'humble femme de ménage dont tout le monde se moque...
Séraphine Louis (1864-1942) a vu le jour la même année que Camille Claudel. Tout comme elle, ses dernières années furent vécues dans un asile psychiatrique, où elle mourut en 1942, assommée par des doses massives de tranquillisants. Camille ne lui survécut que d'un an. Sa technique toute particulière, consistait en l'utilisation de peinture Ripolin qu'elle mélangeait avec de l'huile d'éclairage volée dans les églises, de la terre de cimetière, et de son sang provenant de blessures qu'elle se faisait pour donner plus de vie à ses tableaux. Mais la sainte vierge lui ordonna d'arrêter de peindre et de reprendre ses ménages. Son comportement étrange fut la cause de son internement à l'asile de Clermont d'Oise où elle mourut d'épuisement. Elle fut inhumée dans la fosse commune .
La valeur de ses toiles, dépasserait aujourd'hui bien souvent celle du Douanier Rousseau. On dit que François d'Assise parlait aux oiseaux. Séraphine de Senlis, elle, parlait aux arbres, aux fleurs, à la nature tout entière. Une véritable mystique, comme Thérèse d'Avila. D'ailleurs, dans le film on l'entend la citer de mémoire. Bonne à tout faire chez les riches de Senlis, Séraphine peignait en secret et pour elle-même de petits tableaux de fleurs et de fruits, Nul ne l'aurait su sans son improbable rencontre avec Wilhelm Uhde, amateur d'art, ami de Kahnweiler, découvreur de Picasso et du Douanier Rousseau, érudit raffiné chez qui, miracle du hasard, Séraphine Louis fut chargée de faire le ménage, deux ans avant la Grande Guerre..
Pour ma part j'ai adoré ce film, Yolande Moreau fait de cette femme artiste un personnage vibrante d'émotion, toute en sensibilité. Ici l'artiste est loin d être « naïf » (terme qu'appréciait assez peu du reste Wilhelm Uhde,) c'est une rêveuse une femme juste heureuse d être là débarrassée de toutes considérations matérielles, d'une finesse intellectuelle exceptionnelle. Le réalisateur nous livre ici un véritable « film poésie » et à travers son regard et le choix de la pellicule c'est un véritable musée vivant qu'il film et nous fait découvrir. La critique tout en louant la qualité de ce film, déplore toutefois la lenteur de l'action, moi au contraire je trouve qu'elle serre le film, Séraphine et son œuvre évoluent sans contraintes de temps.
L'histoire de cette femme, remarquablement interprétée par
Yolande Moreau, est portée à l'écran, tandis que son œuvre fait l'objet d'une
rétrospective. Le réalisateur a su
éviter le récit anecdotique, la suite de « moments forts », au profit
d'une évocation sensible, juste et dépouillée, servie par des acteurs
exceptionnels. Un grand et très beau film, qui nous fait découvrir une peintre fort peu connue.
Si j'ai choisi comme extrait musical la rêveuse de Marin Marais ici interprétée par Jordi Savall , c'est que cette musique a résonné dans ma tête pendant le film, peut être du fait qu'une viole de gambe accompagnait la bande sonore du film, mais avant tout parce que ce morceau pour moi illustre bien la personnalité de Séraphine : douce et rêveuse




