Samedi 9 Juin 2007
Vous dites d'Albinoni ?
Par VENEZIA, Samedi 9 Juin 2007 à 11:43 GMT+2 dans Faits et geste


Né à Venise en 1671 au sein d'une famille aisée, et mort
dans la même ville en 1751, Tomaso Albinoni à pu vivre pour sa passion musicale
et non par elle, ce qui lui valu à l'époque le surnom « d'amateur ».
Violoniste contemporain d'Antonio Vivaldi (1678-1741), Albinoni cumule à son
actif plus d'une cinquantaine d'opéras, de sonates et de concertos. Il n'était
nullement un compositeur inconnu de son vivant, et influença Bach qui
appréciait sa musique au point de lui emprunter certains thèmes dans ses
propres fugues pour orgue. Malheureusement vite oublié à sa mort, pour n'être
redécouvert qu'au XXème siècle. S'il est célèbre aujourd'hui c'est par
« son Adagio »
Depuis près d'un demi-siècle, le nom d'Albinoni est inséparable de "l'Adagio" comme celui de Vivaldi l'est des Quatre Saisons. Deux différences de taille séparent toutefois les deux grands Vénitiens dans leur rapport à leur œuvre emblématique : tout d'abord, si la réputation de Vivaldi repose désormais sur un vaste répertoire dépassant très largement le champ restreint de ses quatre plus fameux concertos, celle d'Albinoni doit presque exclusivement la sienne au fameux Adagio en sol mineur, dont la célébrité continue de masquer une production foisonnante, à peine explorée par les interprètes ; surtout, à la différence de Vivaldi, Albinoni doit sa gloire à l'une des plus étonnantes falsifications de l'histoire musicale puisque son prétendu Adagio... n'est jamais sorti de sa plume !
Il faut noter que
pendant les bombardements de Dresde en 1945, la plus part des manuscrits du
compositeur furent détruits, ainsi que ceux de bien d'autres hélas...
Beaucoup d'entre nous ignorent en effet que son auteur véritable n'est autre que Remo Giazotto, le premier biographe d'Albinoni, qui édita l'œuvre en 1958 sous le nom du compositeur. Bien que Giazotto ait toujours revendiqué pour cette composition une filiation albinonienne en affirmant l'avoir élaborée à partir du fragment authentique d'une partie de basse, la tentative de légitimation est pourtant demeurée vaine : le fragment en cause n'a en effet jamais été identifié et tous les spécialistes s'accordent pour reconnaître à l'œuvre éditée par Giazotto, un style parfaitement étranger à celui d'Albinoni... Par un de ces paradoxes familiers de l'histoire musicale, l'imposture aura cependant merveilleusement servi la cause de ce grand musicien plongé dans l'oubli, sur lequel le succès du vrai faux pastiche aura permis de braquer enfin les projecteurs.
L'œuvre à depuis été jouée par de nombreux chefs d'orchestre, et à même fait l'objet d'une version chanté en 1999. Aussi on ne m'en voudra pas de vous le proposer ici à l'écoute.
Mais puis que je viens ici d'évoquer Tomasio Albinoni, il n'est que lui rendre justice de vous faire écouter ce qu'il a réellement composé, et qui heureusement nous est parvenu. Il reste cependant encore beaucoup à faire pour qu'Albinoni retrouve la place qui lui revient dans l'histoire musicale : entre l'ombre imposante de son grand contemporain Vivaldi et celle, encombrante, de son faux adagio, le Vénitien méconnu attend encore l'heure de sa véritable réhabilitation.
Concerto n°1 en Fa majeur
Allegro assai
Adagio
Allegro
Tomaso ALBINONI
Sinfonie e Concerti opus 2
Ensemble instrumental de ROME
Giorgio SASSO






