venezia

L'aube d'un nouveau souffle

pour un voyage en musique :
Claude Lejeune : Autant en emporte le vent
Ensemble Clément Janequin
Dominique Visse : Harmonia Mundi
Extrait choisi : La puce






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Les motivations des Rois de France chevauchant vers l’Italie sont encore féodales. Charles VII, Louis XII et François Ier estiment avoir droit par héritage à certains riches fiefs d’outre-monts. Ils découvrent dans la plaine du Pô et surtout dans les villes d’Italie centrale précieusement enchâssée dans l’Apennin, une toute autre réalité que celle des seigneuries et des tournois. Peuvent ils continuer à faire la guerre comme des rois francs, chargeant de tout leur poids tuant et renversant l’ennemi sur leur passage, alors qu’ici le problème des chefs militaires, les condottieres, est de tuer le moins possible et d’épargner la vie des hommes qu’ils entretiennent à coûts de grands frais ? Peut –on faire sérieusement la guerre dans un pays ou le pape Jules II se dit soldat, revêt l’armure et pose devant les peintres dans sa tenue martiale ? Les français n’en croient par leurs yeux, les campagnes se déroulent dans des pays de rêves. Pas de paves dans les villes, du marbre, des places étincelantes des palais d’un luxe inouï. Si le dôme de Milan leur rappelle les cathédrales du Nord (il a été construit par des allemands).

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Le Dôme de Florence construit par Brunelleschi, les étonne et les séduit. L’inclination délicate de la tour de Pise, les fresques des peintres dans les églises et les couvents, Toute l’Italie est réveillée d’un coup aux rudes seigneurs de la cours de France ! Ils comprennent rapidement qu’un tel raffinement ne doit rien au hasard, mais à la richesse de la civilisation Italienne, qui a reprit le contact commercial et culturel avec l’orient. Genève, Venise Florence sont des manufacturières et marchandes qui utilisent les dernières techniques industrielles et bancaires pour arrondir leur fortune. Les ouvriers de la laine et de la soie, ceux des fabriques d’armes et de bijoux travaillent par milliers, dans les fabriques et les ateliers. Ils exportent dans tous les pays d’Europe et se donnent les moyens d’entretenir les artistes, les écrivains les génies de la renaissance, dont les français ont la révélation

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On peut donc restaurer la splendeur de cette civilisation de l’Antiquité, où la méditerranée était le lac intérieur d’hommes ayant les mêmes pratiques religieuses et politiques, les mêmes croyances, la même culture. Un monde nouveau qui devait tout aux artistes, mais aussi à la science qui se mettait en place. Il était urgent que la France se mette à l’école de l’Italie dans tous les domaines. François 1er attira dans sa capitale les meilleurs esprits. Il fallait qu’ils puissent s’acclimater sur les bords de la Seine et de la Loire, qu’ils traduisent Pétrarque et Virgile, qu’ils apprennent aux poètes français à rimer, aux peintres la perspective, aux architectes les lois de constructions rationnelles. Léonard de Vinci (1452-1519) au soir de sa vie allait travailler en France. Les premiers imprimeurs français, les premiers banquiers français du royaume, les plus grandes foires de commerce, un fameux médecin écrivain à ses heures Ambroise Paré (1510-1590), quelques poètes reconnus dont une femme Louise Labé (1524-1566), un architecte, un navigateur Giovanni da Verrazano (vers 1485-1528) découvreur de New York, et bien d’autres choses encore…

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Lyon à la renaissance se révèle la seconde capitale de France, mais elle a immédiatement la primauté dans bien des domaines, c’est la porte de l’Italie et elle bénéficie la première des influences artistiques, architecturales et intellectuelles qui en font la douceur de vivre. Le mouvement est lancé. Le collège de France en face de la théologique Sorbonne, ouvre ses portes à tous ceux qui veulent à l’instar d’Erasme (vers 1466/69- 1536), retrouver la pureté des saintes écritures en les dépouillant de tous les textes postérieurs, dus aux pères de l’église. On engage des Hellénisants, des hébraïsants, de très grands latinistes. Pour la première fois les français traduisent des textes du grec ancien, et on édite les grands auteurs latins, Guillaume Budé (1468-1540) et Lefèvre d’Etaples (1455-1536/38), commentateurs d’Aristote, sont des familiers du roi François 1er qui dispute Erasme à Léon X et au roi d’Angleterre Henri VIII.

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Tous les souverains veulent avoir à leur cours des « humanistes », qui répandent les idées nouvelles : la culture de l’Antiquité enfin retrouvé après des siècles d’ignorance. C’est Guillaume Budé qui crée le collège des lecteurs royaux, futur collège de France. Le roi veut lire et commande lui-même des traductions de Plutarque, Homère. Les grands seigneurs imitent le roi. C’est un prince de l’église le cardinal Jean du Bellay (1492-1560), qui protège et nourrit François Rabelais (1494-1563). Grâce aux efforts des écrivains, le français devient enfin une langue littéraire. Rabelais mais aussi Michel de Montaigne (1533-1592) illustrent la prose, cependant qu’une école de la poésie, avec Ronsard et Joachim du Bellay (1522-1560), fleurit sur les bords de la Seine et de la Loire, on l’appelle la Pléiade. En 1549 Joachim du Bellay publie défense et illustration de la langue française, affirmant l’intention bien arrêtée des écrivains du royaume de fonder une langue aussi noble que l’italien de Pétrarque.

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De retour en France, les rois chevaucheurs ne supportaient plus les façades sévères des châteaux et les cours tristes des villes. Ils résolurent de changer le décor de la vie. On construit au Louvre une aile à l’Italienne, et les palais italiens sortirent de terre à Lyon, à Rouen, à Avignon, à Dijon. Les châteaux construits par les rois sur les bords de la Loire, n’avaient plus rien en commun avec l’architecture féodale.

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Leurs escaliers délirants, leurs vastes fenêtres, leurs plafonds ornés, tout indiquait le désir de rompre avec le passé triste de la guerre de Cent Ans avec les rudes demeures des anciens chevaliers. Le roi français voulait de la lumière, de l’air, de la gaieté. A Paris Pierre Lescot (1515-1578) multipliait les colonnes sur les murs du Louvre et Philibert Delorme (1510-1570) édifiait pour le roi un tombeau très italien. Le roi voulait au Louvre un décor digne de la Joconde, qu’il venait d’acheter en Italie. Pour lui le Florentin Cellini (1500-1571) sculptait la nymphe de Fontainebleau, destinée au château d’Anet. Sans doute Paris ne ressemblerait- il jamais à Florence ou à Venise, mais les habitudes de mécénat étaient prises. Désormais les rois auraient autours d’eux les plus grands artistes et encourageraient les écrivains, les peintres les philosophes.A la différence des artistes du moyen Age, les peintres de la renaissance représentent d’abord le monde qui les entoure en observant minutieusement l’homme et les paysages. Contrairement aux artistes médiévaux ils ne sont plus prisonniers de la surface plane. Ils réussissent à restituer la sensation de trois dimensions, traduisent la profondeur, le relief et le volume grâce à des procédés découlant de nouvelles techniques : la perspective est née. Jean Cousin ( mort en 1560) peint ainsi le jugement dernier, François Clouet(1515-1572) portraitiste, enrichi de détails ses toiles, et d’autres suivront réalisant ainsi de véritables toiles « vivantes »

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C’est aussi l’heure la Renaissance musicale française permettant de faire revivre sous un nouvel aspect, les différents types de musiques créés au Moyen Age.Son apogée se situe dans la seconde moitié du XVIème siècle. En effet, jusqu'au XVème siècle, la religion chrétienne avait établi une règle à ne pas déroger : la musique n'était qu'un moyen de prière. Dès lors, pour sortir de l'emprise de l'Église, les artistes commencèrent à s'opposer à cette contrainte. Ils se firent vraiment entendre à partir du XVIème siècle. A côté de ce type de musique, vient prendre place la musique profane inspirée de la culture païenne qui contraste énormément avec la polyphonie (chant à plusieurs parties, révolution de l'art musical entre le Xème et XIIème siècle), le chant accompagnant la mélodie. L'instrument de prédilection devient le luth.

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Parmi les précurseurs de l’époque et pour ne citer qu’eux ,on retrouvera ainsi Josquin des Pres (vers 1440-1521/24 ) surnommé par ceux de son époque « le prince de la musique » et qui représente l’équilibre entre moyen age et renaissance, ou Clément Janequin (vers 1485-1558) qui apparaît comme le maître de la chanson polyphonique au XVIe siècle, plus original dans le domaine de la musique profane que dans celui de la musique sacrée, son nom restant attaché du reste aux Amours de Ronsard, à quelques poèmes de François Ier qu'il illustre musicalement, comme il célèbre les campagnes de François de Guise dont il était le chapelain .Claude Lejeune (1530-1600) qui bien que protestant, est rapidement un habitué des cénacles intellectuels parisiens.

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C'est aussi la naissance de l'imprimerie musicale. Celle-ci permet alors une bien meilleure diffusion des oeuvres en étant plus rapide et ayant une couverture géographique plus importante.
Aux travers de différents sujets, nous reviendrons si vous le voulez bien sur les différentes visages de cette France qui après le cauchemar de la guerre de Cent Ans, s’éveille sur les promesses de l’aube d’une nouvelle ère : la Renaissance.

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