Vendredi 1 Septembre 2006
Un soleil voilé ?
Par VENEZIA, Vendredi 1 Septembre 2006 à 23:00 GMT+2 dans Faits et geste
Louis Dieudonné naquit le 5 septembre 1638 à Saint Germain. Après vingt deux ans d'attente, ce fut un héritier inespéré, quasi miraculeux, pour le Roi de France, d'où le deuxième prénom de Dieudonné. Le 14 mai 1643, Louis XIII mourut et Louis Dieudonné devint Louis XIV, il n'avait que cinq ans. Son règne commençait sous la tutelle de sa mère la Reine Anne d'Autriche qui avait nommé comme Premier Ministre, le Cardinal Mazarin. En 1648, un enregistrement forcé d'un Édit créant de nouvelles charges occasionna chez les parlementaires de Paris, une révolte contre l'autorité royale, c'est-à-dire Mazarin et la Régence. Ce fut le début de la Fronde, la Première Fronde, celle des Parlementaires. Pour essayer d'enrayer cette révolte, Mazarin et Anne d'Autriche firent arrêter le président du Parlement, le populaire Broussel, ce qui mit Paris en émeute avec des barricades au Palais-Royal obligeant ainsi le Cardinal à libérer Broussel. Mais la Fronde n'était pas finie pour autant, les affrontements continuèrent, ce qui obligea la famille royale à s'enfuir dans la nuit du 5-6 janvier 1649 pour St Germain et Mazarin dut négocier la paix de Rueil le 11 mars de cette même année. Cette paix mit fin à la Première Fronde, permettant ainsi au jeune Roi de revenir à Paris le 18 août 1649. Malgré le trouble qui régnait dans le royaume, la majorité du roi fut proclamé le 7 septembre 1651. A son retour à Paris, le Roi tint le 21 octobre 1652 un lit de justice interdisant au Parlement de s'occuper des affaires de l'Etat. Le 19 décembre de la même année, il fit arrêter l'un des principaux frondeurs et le plus compromis, Paul de Gondi, Cardinal de Retz mettant ainsi un terme à la Fronde. Mazarin ne rentrera que le 3 février 1653 à Paris et Louis XIV fut sacré Roi à Reims le 7 juin 1654.
Mazarin meurt dans la nuit du 8 au 9 mars 1661 et le jeune roi de vingt-trois ans déclare alors à ses ministres : "le cardinal de Mazarin est mort, Messieurs les Ministres, c’est à moi que vous vous adresserez désormais. Je veux à l’avenir gouverner moi-même mon royaume. Je ne veux point de Premier Ministre, je me servirai de ceux qui ont des charges pour agir sous moi selon leurs fonctions et, s’il arrive que j’aie besoin de vos conseils, je vous en demanderai". Il s’adonne avec fougue aux exercices du corps, il excelle au jeu de paume et danse quelquefois dans des spectacles de ballets. Le film "le roi danse" de Gérard Corbiau illustre parfaitement le portrait de ce jeune roi. De sa mère, il a hérité la piété, mais aussi des manières exquises et un beau langage, même pour les choses les plus frivoles. Il parle avec aisance mais n’aime pas être pris au dépourvu. Aussi lorsque c’est le cas, il répond le "je verrai" demeuré célèbre. De Mazarin, son guide, il a hérité du goût de l’action et de l’efficacité, de l’art d’écouter. Louis XIV a toujours été avide de s’instruire et de s’informer. Travailleur acharné, il accomplit sa tâche de roi avec bon sens et s’entoure d’hommes ayant une grande puissance de travail comme Louvois ou Colbert. Il s’informe de tout, car il dit :"tout homme qui est mal informé ne peut que mal raisonner". Le Roi fut aussi connu pour ses conquêtes et l'une d'elles, Marie Mancini, une des nièces de Mazarin, fut certainement celle qu'il a le plus aimée, au point de vouloir l'épouser contre l'avis de sa mère, la Reine Anne D'Autriche et de celui du Cardinal qui, eux, étaient en pleine tractation pour le marier à l'Infante d'Espagne. L'échec de ce mariage aurait débouché sur la reprise de la guerre. La décision fut donc prise le 21 juin 1659 lorsque Mazarin ordonna à sa nièce de s'éloigner de la cour. Le mariage fut enfin célébré le 9 juin 1660 à St Jean de Luz avec l'Infante d'Espagne, Marie-Thérèse d'Autriche. Si un seul mot devait qualifier Louis XIV, ce serait le mot "Grandeur". Tout sa vie ce souci de paraître, ce souci de grandeur l’a hanté, pour sa personne, pour sa cour et pour la France. La remarque de La Fontaine le caractérise :"pensez-vous que le monde ait beaucoup de rois d’une si belle stature, d’un aspect aussi magnifique ? Je ne le pense pas et, quand je le vois, j’imagine voir la Grandeur en personne". Cependant, Louis XIV se soucie peu du détail de la vie de son peuple, pour lui la France est "Une" et il veillera à son rayonnement aussi bien militaire que politique ou artistique, sans se soucier des misères des français. Si le terme Roi-Soleil n’est qu’un surnom, le vrai nom de Louis XIV est Louis Le Grand. Louis XIV choisit donc pour emblème le Soleil, car c'est l’astre qui donne vie à toute chose, mais c’est aussi Apollon, le Dieu de la Paix et des Arts. On retrouve à Versailles de nombreuses allusions à ce dieu de la mythologie grecque.
Le 1er Novembre 1661, au château de Fontainebleau, naquit un héritier, Louis, le Grand Dauphin. Ce fut le 5-6 juin 1662 que Louis XIV organisa le carrousel aux Tuileries pour célébrer la naissance du Dauphin, s'attribuant définitivement à ce moment-là, le soleil comme emblème. Pendant le carrousel de 1656, il était déjà apparu vêtu à la gréco-romaine dans une représentation d'Apollon-Hélios, le dieu du soleil. Il prit comme devise " Ne più ne par " en italien, ce qui voulait dire " Il n'en est de plus grand ni de pareil ". Il représentait ainsi le droit divin,assumant ainsi tout seul son métier de ROI comme il disait lui-même. Tout le monde connaît sa célèbre formule " l'Etat c'est moi ". Il instaura ainsi un régime absolutiste. Son règne durera cinquante quatre ans. Louis XIV prit seize ministres d'État durant son règne, dont Colbert en 1665, comme Ministre des Finances, Contrôleur Général des Finances, et de la Marine, Le Tellier et Louvois, en tant que Ministres de la Guerre. Lionne en politique extérieure, qui ne furent que des simples exécutants. Les Parlementaires furent réduits à un simple rôle d'enregistrement, les Etats Généraux ne furent jamais réunis et la centralisation administrative se renforça avec les Intendants. En 1667 débuta la liaison du Roi avec Madame De Montespan et cette liaison allait perdurer dix-sept années. Madame De Montespan lui donna huit enfants dont six furent légitimés mais l'affaire des Poisons mit un terme à cette liaison et, pendant l'été 1680, Madame De Montespan fut exilée. Ce fut alors les faveurs de Madame De Maintenon qui furent de plus en plus affichées. Le 30 juillet 1683, décès de la Reine Marie-Thérèse d'Autriche. Quelques mois plus tard, le 9-10 octobre 1683, circula la rumeur de la célébration du mariage secret du Roi avec Madame de Maintenon.
La cour s'installa au château de Versailles le 6 mai 1682. Louis XIV avait décidé d'agrandir le petit pavillon de chasse de son père Louis XIII et, pour effectuer ces travaux, avait demandé aux talentueux Louis Le Nôtre, Louis Le Vau, Charles Le Brun et plus tard, Jules Hardouin-Mansart de consacrer tout leur temps à l'embellissement de ce domaine royal et les travaux avaient donc débuté en 1661. Le château de Versailles devint ainsi l'endroit où il fallait être, où il fallait se montrer, ce qui fut un bon moyen pour le Roi de surveiller la noblesse. Versailles fut réellement à l'image du Roi, représentant sa magnificence et sa grandeur et éblouissant comme le soleil. De nombreuses fêtes y furent organisées aussi fastueuses et inoubliables les unes que les autres, et les plus illustres artistes du 17ème siècle y passèrent.
A l’origine, Louis XIII, avait fait construire un petit château de gentilhomme, rendez-vous de chasse, sur des terres marécageuses de Versailles. Il le fait agrandir par Philibert Le Roy. Le jeune roi Louis XIV demande à l’architecte qui avait travaillé sur le château de Nicolas Fouquet à Vaux-Le-Vicomte, Louis Le Vau de l’embellir, mais ce petit château devint trop étroit pour la gloire du Roi-Soleil !
Le Vau conçut un nouveau château, très différent du premier : de grandioses façades de pierres blanches encerclant les vieux bâtiments. A la mort de Le Vau, les travaux continuèrent sous les directives de François d’Orbay, puis de Jules Hardouin Mansart. Un immense parc paysagé par Le Nôtre entoure bientôt le château et Versailles devient, avec toutes ses dépendances une véritable ville, une seconde capitale. Les travaux durèrent quarante ans ! Le 6 mai 1682, Versailles devient la résidence officielle du roi et de sa cour. Tout y est pensé pour évoquer la puissance royale. Les grands artistes qui avaient décoré Vaux-Le-Vicomte se retrouvent à Versailles : Charles Le Brun, le grand peintre décorateur, Le Vau l’architecte, Le Nôtre le paysagiste. Il faut y ajouter Antoine Coysevox le sculpteur, les frères Coustou, Pierre Mignard et Hyacinthe Rigaud. La chapelle fut le dernier chantier du règne de Louis XIV. Dessinée par Robert de Cotte, elle sera achevée en 1710. Il apparaît évident, que Louis XIV, en installant sa court au château de Versailles, pouvait ainsi mieux la dominer et la contrôler, donnant ainsi le sentiment, d’avoir un » Etat dans l’Etat », il était extrêmement difficile d’appartenir à cette cour, sans y avoir été introduit par quelques lettres de noblesses, et avoir été parrainé. Ici tout n’était que fourberies, poudres, tricheries et artifices régissaient la vie à Versailles. Si vous aviez les faveurs du roi, il vous suffisait de paraître et de plaire, mais si le vent venait à tourner, vous passiez alors très vite, de la lumière à l’ombre.
La cour vit là, dans un luxe inégalé : tourbillon de fêtes et de plaisirs, mais obéissant à une étiquette particulièrement rigide ponctuée par l’emploi du temps du roi. Tout comme le soleil, symbole choisi par Louis XIV, les courtisans assistent au lever, aux repas, au coucher du Roi-Soleil. L’approcher et être vu par le roi devient la préoccupation essentielle de la Cour.Louis XIV n’aimait guère Paris et le Louvre : trop de mauvais souvenirs d’enfance s’y rattachent. C’est pourquoi, les affaires de l’Etat se décideront à Versailles.
La grandeur de la France et le prestige de son image poussent Louis XIV à mettre en place un véritable mécénat culturel. Il achète la manufacture des Gobelins en 1662, créé l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres en 1663, l’Académie de Peinture et de Sculpture en 1664, l’Académie des Sciences en 1666, l’Académie d’Architecture en 1671, fait construire l’Observatoire de 1667 à 1672.
A Paris, il fait ériger la porte Saint-Martin, la place des Victoires et la place Vendôme. Le Bernin édifie la colonnade du Louvre en 1665. Tous ces projets supervisés par Colbert, avaient pour visées de faire de la culture française une référence universelle, et de Paris une capitale qui célébrerait la grandeur de son règne.
Louis XIV cherchait l'unité religieuse d'où son combat contre le jansénisme et le protestantisme. Il exigea des restrictions dans l'application de l'Édit de Nantes ce qui l'amenait plus tard à la révocation de cet Édit, le 18 octobre 1685. Il ordonnera également la fermeture et le déplacement des religieuses jansénistes de l'abbaye de Port Royal le 29 septembre 1709, puis l'abbaye fut rasée en 1711 pour éviter d'en faire un lieu de pèlerinage. La fin du règne de Louis XIV fut chaotique, l'Europe se retournant contre lui suite à la révocation de L'Édit de Nantes et aux différents conflits de succession de trône en Europe que Louis XIV revendiquait pour sa famille. Les guerres coûtant très chers, l'État s'appauvrit, le Roi dut créer deux nouveaux impôts, le premier en 1695, "la capitation", et le deuxième en 1710, "le dixième" , qui imposait le dixième des revenus fonciers et commerciaux. Mais l'État ne fit toujours pas face et la dette s'éleva à plus de trois milliards. Deux famines se rajoutèrent au tableau, la première en 1693 et la deuxième en 1709 suite à un hiver extrêmement rude. Louis XIV vit mourir son fils, Louis le grand Dauphin, le 14 avril 1711 de la petite vérole. Grande fut la perte de ce dauphin aimé du Roi et du peuple, mais un malheur n'allant jamais seul, Louis XIV allait perdre successivement son second dauphin, son petit-fils, le Duc de Bourgogne, ainsi que son épouse, Marie-Adélaïde, Duchesse de Bourgogne et Princesse de Savoie, parents du futur Louis XV âgé alors de deux ans, et le troisième dauphin, l'aîné des arrières petit-fils du Roi, le Duc de Bretagne.
Le 9 août 1715 à Marly, Louis XIV fut pris de malaises et de vives douleurs à la jambe, ce qui ne l'empêcha pas de continuer son devoir d'État. Son médecin et ami, l'archidiacre Fagon, lui pronostiqua une sciatique qu'il essaya de soigner avec du quinquina et du lait d'ânesse. Le Roi revint à Versailles et à partir du 14 août de cette même année, ne pouvant plus marcher et avait surtout beaucoup maigri. Les douleurs et les insomnies augmentèrent et il fut obligé de circuler dans une petite chaise à roulettes et ses médecins commencèrent à comprendre qu'il souffrait de la gangrène. Le 25 août toujours de la même année, il fut pris d'un violent malaise qui lui fit perdre connaissance, en revenant à lui, il fit appeler le dauphin, son arrière petit-fils et lui dit : " Mignon, vous allez être un grand roi, mais tout votre bonheur dépendra d'être soumis à Dieu et du soin que vous aurez de soulager vos peuples. Il faut, pour cela, que vous éviterez, autant que vous le pourrez, de faire la guerre. C'est la ruine de mes peuples ; ne suivez pas le mauvais exemple que je vous ai donné en cela. J'ai souvent entrepris la guerre trop légèrement et l'ai soutenu par vanité ; ne m'imitez pas, mais soyez un prince pacifique et que votre principale occupation soit de soulager vos sujets."
Puis il demanda les derniers sacrements. Ce fut le Cardinal de Rohan, Grand Aumônier, accompagné de M. Huchon, curé de Versailles, qui les lui donnèrent en présence des Princes de sang. Il décéda le 1er septembre 1715 dans son lit. Son cercueil fut exposé dans le salon de Mercure au château de Versailles, durant une semaine entière, veillé par 72 ecclésiastiques qui se relayaient pour que quatre messes à la fois soient célébrées sans interruption de 5h à midi. Il fut enterré à la Basilique de Saint Denis le 9 septembre.
Le 17ème siècle fut le Siècle des Arts :En musique : Jean – Baptiste Lully (1632 – 1687) Marc Antoine Charpentier (1643 – 1704) Marin Marais (1656 – 1728) En Peinture : Nicolas Poussin (1594 - 1665) Claude Gelée dit Le Lorrain (1600 - 1682) Georges de La Tour (1593 - 1652) En Littérature : Molière (1622 - 1673) Jean Racine (1639 - 1699) Jean de La Fontaine (1621 - 1695) Charles Perrault (1628- 1703) En Architecture : Louis Le Vau (1612 - 1670) André Le Nôtre (1612 - 1700) Charles Le brun (1619 - 1690) Et bien d’autres………..




