venezia

Mariés avec panache

Palazzo Vecchio, Firenze

A l'heure où tout semble aller  pour le mieux en France puisque  la seule préoccupation pour beaucoup est de savoir si oui ou non il y aura mariage, reléguant ainsi ce qui pourrait être plus urgent au second plan, je préfère pour ma part vous parler d'un banquet de mariage peu commun qui lui a bien eut lieu du côté de Florence.
En 1540, le duc Cosme 1er  (1519-1574) quitte sa demeure de la via Larga pour aller s'installer avec sa cour dans le Palazzo della Signoria ou  de nos jours le Palazzo Vecchio. A l'intérieur se trouve  une immense  salle que l'abbé Savonarole(v 1452-1498) avait précédemment réservé au conseil Général du Peuple, et qui fut transformée quelques années plus tard  par Vasari (1511-1574) lequel en fait une salle d'apparat décorée de fresques aux iconographies très élaborées, et qui ont été remaniées plusieurs fois . Actuellement c'est la fresque de Léonard de Vinci (1452-1519), qui domine le tout avec la Bataille d'Anghiari. Mais au XVème siècle cette  salle devint le lieu idéal pour accueillir des fêtes, des spectacles et des cérémonies officielles voulues par les princes.
Salone dei Cinquecento
Par mis les banquets les plus célèbres qui se sont tenus dans le « Salone dei Cinquecento », il convient de rappeler celui qui a été offert au XVIIème à l'occasion des noces de Marie de Médicis (1575-1642)  avec le roi de France, Henri IV (1553-1610) et dont l'organisation fut confiée à Bernardo Buontalenti , l' un des plus grands artistes de l'époque à la fois architecte sculpteur et peintre (1536-1608) qui, selon la mode maniériste de l'époque, voulut étonner les invités en créant un décor fantastique. La grande salle fut en effet entièrement transformée. De nombreux miroirs furent incrustés dans les tables dressées ; grâce à un dispositif mécanique, ces tables pouvaient tourner et reflétaient ainsi à l'infini l'image de la fête , les invités pouvaient donc admirer la scène sous plusieurs points de vue et les dames pouvaient retoucher leurs coiffures sans avoir besoin de quitter la table. Le tableau était complété par un ensemble de peintures qui avaient pour thème cette cérémonie et qui avaient été réalisées par les plus grands artistes qui se trouvaient à Florence à cette époque-là. Ainsi les protagonistes de l'événement pouvaient se regarder non seulement dans les miroirs, mais aussi dans les grandes toiles peintes, dans un effet de double perspective tout à fait étonnant.A.Allori, les noces de cana, Florence église Sainte Agathe.

Les mets servis à ce banquet remportèrent un vif succès ; selon un goût typiquement baroque, ils devaient apparaître comme quelque chose de différent et en même temps ils devaient étonner. Le menu des cuisiniers de la Cour nous dit qu'il y avait « des jambons coupés en forme de coq », des « pâtés de veau en forme de sanglier » et de la « gelée en forme de cloche avec un poisson vivant à l'intérieur », tandis que le compte rendu du Michel Ange Buonarroti le Jeune décrit les splendides statues et les sculptures en sucre réalisées par Jean Bologne (1529-1608)   et Pietro Tacca  (1577-1640) :  elles représentaient non seulement des éléments d'architecture, des hommes, des animaux, des scènes mythologiques, des amours, des monstres, mais aussi des colliers, des broches et des bijoux présentés sur une table avec des serviettes, de la vaisselle, des tasses et des couverts.
"Le Mariage par procuration de Marie de Médicis et d'Henri IV, à Florence le 5 octobre 1600" Pierre Paul Rubens

Mais revenons sur ce dîner de noce de Marie de Médicis et du bon roi Henri IV : ceux qui attendent que je leur narre les 1er pas de danse Du Roi de France avec sa belle au cours de ce fameux banquet vont être déçus, et pour cause Henri IV n'était pas présent !! L'union avec Marie de Médicis répondait avant tout pour le roi de France à des préoccupations purement dynastiques et financières. En effet, les Médicis, banquiers créanciers du roi de France, promirent une dote d'un montant total de 600 000 écus d'or, ce qui donna à la reine le surnom de "la grosse banquière". La cérémonie Florentine se fit par procuration le 5 décembre 1600. L'arrivée de celle qui allait devenir reine de France fut retentissant. Deux mille personnes constituèrent sa suite.. C'est Antoinette  de Pons (1570-1632), marquise de Guercheville et dame d'honneur de la future reine qui est chargée de l'accueillir à Marseille. La marquise avait su si bien résister aux projets galants du roi que celui-ci lui avait dit : "Puisque vous êtes réellement dame d'honneur, vous le serez de la reine ma femme". Il tient parole et la chargea d'aller la recevoir dans la cité phocéenne.. Après son débarquement, Marie de Médicis rejoint son époux à Lyon où  enfin ils passèrent leur première nuit de noce.

Aussi vous comprendrez peut être pourquoi j'ai pris la liberté d'illustrer ce billet avec un extrait musicale du  Grand Bal à la cour d'Henri IV tiré de l'enregistrement de l'ensemble Doulce Mémoire sous la direction de Denis Raisin Dadre. Une manière après plus de 400 ans d'unir le Roi à la cour florentine mais toujours avec panache ;-)

Illustration musicale :

Praetorius et Guédron :

Grand bal à la cour d'Henri IV :

Ensemble Doulce Mémoire, Denis Raisin Dadre

Extrait proposé : "Nos esprits libres et contents"

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