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Conte d'Apothicaire

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Il y a quelques temps de cela, je vous racontai ici l’histoire de la première femme moderne Hildegarde von Bingen femme accomplie qui était maître dans la médecine psychosomatique et l'art de guérir par les plantes. Aujourd’hui je vous propose un voyage chez le prédécesseur de notre pharmacien moderne, à l’époque médiévale.
En 1258 le roi Louis XI a donné un statut à ceux qui préparent et vendent des médicaments. Les premières boutiques d’apothicaires sont alors apparues. Un siècle plus tard, en 1350, ces drôles de droguistes dont la connaissance médicale est souvent importante, bénéficient, grâce aux croisades, de l’apport lucratif d’une grande variété d’épices exotiques. Charlatan, médecin ou épicier, l’apothicaire est avant tout un maître ès-élixir à une époque où se confondent facilement science, magie et sorcellerie.

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Au XIV ème siècle, les apothicaires doivent non seulement passer des examens pour exercer leur art mais aussi prêter serment. Appartenant à la corporation des épiciers, ils vendent aussi bien du sucre, de la cannelle que des herbes ou des objets magiques. Ils préparent eux mêmes décoctions, infusions, onguents de beauté (très prisés) et élixirs ( encore plus recherchés). Leurs boutiques, cavernes d’Ali Baba, recèlent de véritables trésors médicaux capables de soigner tous les maux. A condition d’y mettre le prix et surtout de ne pas être sujet à l’évanouissement ou à la nausée. Car outre les plantes médicinales dont la connaissance antique de leurs bienfaits est perpétuée par les moines, beaucoup de préparations sont faites à partir d’humeurs et d’organes d’animaux : yeux de grenouilles, larmes de cerfs, vessies de porceau, limaces, fientes de crocodile et de lézard, cloportes, ou cervelles de sanglier. Combien de philtres d’amour ou de jeunesse sont ainsi sortis de ces officines ! Certains apothicaires ont comme livre de chevet le « traité des fientes » écrit en 1280 par le dominicain Albert Froot ou le très célèbre « Antidotarum » de la non moins célèbre école de Salerne, rédigé au XI ème siècle par Nicolas Myrepse et qui contient la bagatelle de 2657 formules.

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Les apothicaires savent aussi être sérieux ; conformément aux règlements royaux qui leur interdisent de vendre des drogues dangereuses et qui exigent que ces « épiciers » sachent lire les ordonnances. Car le plus gros du travail des apothicaires est de préparer des remèdes infaillibles et réputés pour soigner les maux les plus bénins. Dans le « magasin » ouvert sur la rue, des apprentis broient les ingrédients dans un mortier tandis que d’autres tamisent, réchauffent dans un chaudron ou distillent dans les alambics prévus à cet effet. L’apothicaire, pendant ce temps, s’occupe des commandes et pèse les remèdes. Pour conserver ces potions, ils utilisent des pots en terre, en bois, en céramique ou en étain. Sur les étagères, attendent des canules, seringues et autres « biberons » (petits vases munis d’un bec verseur) qui serviront à prélever, injecter, mélanger les différents ingrédients entrant dans la composition de ces onguents. L’apothicaire, à la fois mage, savant, docteur ou sorcier, profite des croyances populaires pour remettre au goût du jour des remèdes de « bonne femme » qui n’ont souvent, d’effet réel, que le mystère de leur nom.


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Albert Froot que je nommai tout à l’heure, met au point un élixir de jeunesse qui recommande de faire dissoudre des perles dans du vinaigre de vin distillé et ajouté la rosée recueillie sur des tiges de blé au mois de mai ! Pour guérir des vergetures, il préconise un hachis de limaçons rouges mélangé à du romarin. Entre autres recettes magiques, on demande au malade de s’attacher une grenouille verte au cou pour lutter contre la fièvre ou de mettre les mains dans du fumier, le 1er mai pour éviter les engelures. Mais le plus recherché est sûrement la « liqueur d’or » à base d’or, inventée par le moine franciscain Roger Bacon, qui selon la légende, permettait au patient de voir ses dents repousser et de reculer la vieillesse !!!

C'est en 1777 que l'apothicaire devient pharmacien, suite à un litige résolu par le Roi Louis XVI qui décrète le monopole de la vente de certaines substances par les pharmaciens.
Aujourd’hui et à mon grand regret, on peut déplorer que les substances chimiques soient les produits « phares » des étales de nos pharmaciens au détriment d’une médecine douce par les plantes, qui a pourtant fait ses preuves, mais hélas il faut dire que les enjeux économiques ne sont plus les mêmes ; Imaginez la firme célèbre qui rencontre des difficultés actuellement, remplacer prochainement sa lucrative « pilule de virilité » par une décoction de gingembre, racines de mandragore, arrosé de jus de citrouille ;-)

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