Vendredi 27 Octobre 2006
Avaler des couleuvres
Par VENEZIA, Vendredi 27 Octobre 2006 à 06:58 GMT+2 dans La hotte du colporteur
Avaler des couleuvres c'est subir un affront, une vexation sans être en mesure de protester. Accepter bouche cousue est le lot de tous ceux qui sont en position d'infériorité et qui jugent plus utile, ou plus prudent, de se taire, soit par esprit courtisan, soit pour leur sécurité. L'accession à tous les pouvoirs suppose naturellement une forte consommation de ces reptiles ; "Il faut savoir regarder d'un œil sec tout événement, avaler des couleuvres comme de la malvoisie", dit Chateaubriand qui s'y connaissait. Mais pourquoi ces serpents particuliers ?... L'expression semble dater du XVe siècle où Furetière la définit ainsi : "On dit qu'un homme a bien avalé des couleuvres, lorsqu'on a dit ou fait devant lui plusieurs choses fâcheuses qu'il se peut appliquer, ayant été cependant obligé de cacher le déplaisir qu'il en avait." Mme de Sévigné fait un grand usage de la tournure : "Il faut que le goût qu'il a pris pour elle soit bien extrême, puisque ce goût lui fait avaler, et l'été et l'hiver, toutes sortes de couleuvres." Je pense pour ma part qu'il y a là quelque part "anguille sous roche". L'anguille, poisson d'eau douce à forme de serpent, constituait, du temps qu'elle foisonnait dans nos pures rivières, un mets courant et particulièrement apprécié. Il est probable que c'est par opposition à elle que la couleuvre, considérée comme répugnante et même dangereuse, intervient. Des hôtes mauvais plaisants auraient-ils servi des couleuvres en lieu d'anguilles pour éprouver la docilité de leurs convives ?... Le coup du chat à la sauce lapin ? Après tout la couleuvre est comestible, et de chair fine au dire de certains. On l'appelle aussi anguille de haie.




