Jeudi 28 Septembre 2006
Amer parfum
Par VENEZIA, Jeudi 28 Septembre 2006 à 18:50 GMT+2 dans Poil à gratter
La solitude a deux facettes. Volontaire, elle élève et purifie. Obligatoire, elle étouffe et détruit. Francine Ouellette
Malgré les portables et l’internet, nos sociétés sont toujours plus individualistes, superficielles et déshumanisées, faisant la fortune des psychiatres et autres psychanalistes confrontés à une forme de mal-être généralisé. Et si le seul échappatoire était de savoir profiter de la solitude ?
Tous les moyens de communication aident la rencontre des gens. Ainsi, les tchats, email, sms permettent de relier entre eux les personnes comme nous le démontre le slogan d’un célèbre opérateur mobile « connecting people ». Le monde n’a jamais été autant lié. Le phénomène des boites de nuit, boite de rencontre ou speed dating vont dans ce sens. La canicule du mois d’août 2003 en France, qui a provoqué 15.000 décès a pourtant mis notamment en évidence la solitude des personnes âgées. Mais cette solitude n’est pas uniquement l’apanage des séniors.
Malgré la société actuelle, la solitude est donc encore apparente dans le coeur de chacun. On s’efforce de rencontrer des gens, de sortir pour imiter son voisin, ce qui malgré tout, engendre, une personnalité identique. La recherche de l’être aimé est omniprésente. Les gens critiquent alors qu’ils ne reconnaissent pas forcément, peut-être même ne se connaissent-ils pas eux-mêmes ! Chacun passe et trépasse dans un monde ou chacun vis sans se soucier de l’autre, mais cela comporte des risques et la solitude en devient plus évidente.
A un moment donné, la solitude, ce mal si répandu, nous pèse d’ou la concentration des maladies psychiatriques
La solitude rime aussi parfois avec ambition, car pour évoluer, les gens s’écrasent entre eux, le conflit s’installe et la victoire fait transparaître le malheur. L’homme est seul dans une jungle où il doit survivre car la société est un monde animal où son roi doit gouverner. Dans ce monde où la réussite sociale est un combat, les personnes les plus fragiles se retrouvent isolés, perdues, incapables de prendre part à la « compétition ».
Nous sommes seuls pour trois motifs : par orgueil, par humilité ou parce que la nature nous a faits plus que les autres. Mais la majorité des solitaires, ce sont des orgueilleux ; ils se disent incompris, et ils sèment autour d'eux l'incompréhension.
Il y a aussi les humiliés ; ceux-là sont heureux, car dans leur solitude vient tout ce que le monde chasse. Il y a aussi ceux qui sont seuls parce qu'ils sont des géants de l'art, dans la nature, dans la réalisation ; ils dépassent les autres ; les hommes ont peur devant eux et les laissent seuls. Ceux-là ne sont pas à plaindre, ils accomplissent leur fonction.
Il faut plaindre les orgueilleux, car pour eux la solitude est dure ; mais elle est une maîtresse parfaite qui leur apprend la vie, qui adoucit les angles, qui ouvre les cœurs ; la souffrance leur sera bonne ; un jour ils comprendront que la solitude leur aura été une bénédiction.
Ceux qui sont seuls par humilité, nous n'avons ni à les plaindre ni à les envier ; nous avons à les admirer ; ils sont sur la route de la liberté, ils portent en eux quelqu'un dont la présence remplace toutes les autres.
Ceux que le Destin oblige à une vie dispersée soupirent après la solitude ; ceux que le Destin oblige à une vie ignorée aimeraient à voir beaucoup de monde. Les uns et les autres sont dans la même erreur. L'homme doit apprendre que personne n'est seul ; chaque solitude est pour nous le signe d'une autre présence.
L'épreuve et la persécution sont utiles pour faire accoucher notre esprit de ce dont il était gros et qu'il ignorait. Chaque fois qu'on s'éloigne de nous, réjouissons-nous ; c'est que d'autres êtres vont venir.
Cette vision des choses parait plutôt pessimiste mais au fond, la solitude a aussi ses vertues. Celles de l’indépendance, de la liberté et de la tranquillité. La solitude permet de se retrouver, de faire le point sur le passé, le présent ou l’avenir. Il faut savoir l’apprécier. Mais comme les bonnes choses, il ne faut pas trop en abuser.




