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Madame de Saintes

pour une promenade en musique : EYA MATER
DISCANTUS : Brigitte LESNE
extrait : Res iocosa quod hec rosa : conduit Limousin du 12 ème siècle.


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A la place de l’antique monastère fondé en 596 par Saint Pallais, Geoffroy Martel comte d’Anjou, et sa femme, Agnès de Bourgogne, créent en 1047 le 1er couvent de Femmes en Saintonge : cette nouvelle abbaye est placée sous le double vocable de Notre Dame et du Christ Sauveur et est soumise à la règle de Saint benoît. Dés sa fondation, l’Abbaye aux Dames est très richement dotée, son pouvoir temporel très étendu : elle perçoit de nombreux droits de péages, des dîmes. Les terres qu’elle possède et leur rapport lui permettront de garder son autonomie jusqu’à la Révolution. La première abbesse, Constance (1047-1061) se trouve à la tête d’une communauté de « dames » (moniales) issues des grandes familles nobles. Deux abbesses prénommées Agnès se succèdent au milieu du XIIème siècle, qui est en Saintonge la période d’apogée de l’art roman. On a d’ailleurs longtemps confondu ces deux abbesses sous le nom de la seconde, Agnès de Barbezieux, qui dirige l’abbaye de 1162 à 1174. Celle qui la précède Agnès de Poitiers, commence son abbatiat en 1137, année du mariage à Bordeaux de la duchesse Aliénor d’Aquitaine (1122-1204) avec le roi de France, Louis VII. En 1141, de passage à Saintes, le couple royal confirme les privilèges de l’Abbaye aux Dames. Toute la seconde moitié du siècle est marquée dans la région par la forte personnalité d’Aliénor, qui se remarie avec Henri Plantagenêt, le futur roi d’Angleterre après avoir été répudiée par Louis. C’est sans doute sous l’abbatiat d’Agnès de Barbezieux, à une période où Aliénor ne manque pas de venir séjourner à l’abbaye, que sont entrepris d’importants travaux de transformation de l’église Notre-Dame. Sous l’abbatiat d’Agnès est également entreprise la rédaction du cartulaire qui rassemble les documents relatifs aux possessions de l’abbaye.

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Trente abbesses se succéderont à la tête de l’abbaye jusqu’en 1792. Elles s’appellent communément « Madame de Saintes » et ont le privilège considérable de porter la crosse à l’instar de l’évêque, mais, en signe de soumission relative à celui-ci, elles doivent la tenir avec le « crosseron » à l’intérieur. Relevant directement du Saint-Siège, de sa fondation jusqu’en 1378, date à partir de laquelle elle dépendra du Roi de France (d’où son nom d’Abbaye Royale Notre Dame de Saintes), l’abbaye comptera jusqu’à 100 religieuses. Les premières abbesses gèrent au mieux et confortent les biens de l’abbaye, à l’exception du droit de frappe de monnaie qui semble leur échapper dés le début du XIIème siècle. Elles ne manquent pas d’entreprendre les travaux qu’implique la dimension économique de leur établissement. Les richesses de l’Abbaye s’étendent sur une partie de la Saintonge, avec des salants à Marennes, la forêt de Baconnais, de nombreux droits de péages, des dîmes, des terres et des églises. Si nous savons peu de » choses sur la vie au sein de l’abbaye en ce temps-là, certaines anecdotes peuvent nous en donner une idée. Ainsi est-il dit dans la charte de fondation que les abbesses ont un droit de chasse leur permettant d’envoyer leur veneur et leur oiseleur capturer des animaux qui sont destinés à un petit zoo installé dans le jardin de l’abbaye. Celui-ci a pour but de distraire l’imbecilitas- la faiblesse – des moniales !!

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Au début du XIIIème siècle les travaux de transformation s’étendent aux bâtiments conventuels. Mais cette fois les goûts ont changés et l’art gothique fait son apparition avec les premières croisées d’ogives. En 1242, alors que Saintes est aux mains du comte de la Marche, Hugues X de Lusignan, celui-ci se soulève contre son suzerain Alphonse de Poitiers, frère de Louis IX, et se range sous la bannière du roi d’Angleterre, Henri III. Le conflit se termine à la bataille de Taillebourg-Saintes remportée par le Roi de France, qui confisque Saintes à Hugues de Lusignan pour la confier à Alphonse de Poitiers. Mais le traité de Paris, signé en 1258, fait de la Saintonge une terre de frontière et stipule que la rive gauche de la Charente deviendra anglaise à la mort du comte de Poitiers. En 1271, cette situation devient inéluctable, même si le roi de France met du temps à livrer la ville. C’est ainsi qu’à la fin du siècle l’Abbaye aux Dames, implantée dans le faubourg sur la rive droite, se trouve devenir le symbole de l’appartenance à la France, tandis que la ville et le château sont sous domination anglaise.

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A partir de 1320 les prémices de la terrible Guerre de Cent ans se font déjà sentir. En 1327, alors que la ville est redevenue française, le château du Capitole a conservé une garnison anglaise. C’est peut-être avec son appui qu’une troupe ennemie, qualifiée de « bastards », sans doute des bâtards de familles nobles de Gascogne, effectue un raid dévastateur sur la ville, touchant également l’Abbaye aux Dames. Seul le cloître semble avoir à souffrir de leurs pillages. Le XIVème siècle et le début du XVème siècle sont marqués par l’insécurité constante qui règne sur tout le sud-ouest du fait de la guerre franco-anglaise. Des réparations suite sans doutes à l’attaque des « bastards » sont entreprises à cette époque. En 1348, les moniales sont frappées, comme les habitants de Saintes, par la Grande Peste qui fait des ravages dans leurs rangs. En dépit de ces épreuves, la communauté assure sa pérennité jusqu’à la libération définitive de Saintes en 1372 et au retour de la paix qui se fera attendre jusque vers 1450. La fin de la guerre de Cent Ans amène une période de reprise qui se caractérise par l’ouverture de nombreux chantiers à travers toute la région. L’Abbaye aux Dames s’est sans doute mieux tirée de ce siècle de troubles que les autres sanctuaires de Saintes. Un document de 1472, émanant de l’abbesse Jeanne de Villars fait état des nombreuses possessions, des droits péages et dîmes qu’elle a conservés. Aussi n’est il pas étonnant de voir s’effectuer des travaux de transformation et d’embellissement, peut-être avant même le retour définitif de la paix.

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De façon générale on repère en plusieurs endroits des éléments architecturaux, notamment sur les bâtiments conventuels, qui sont à rapprocher du style flamboyant de la cathédrale, dont le chantier de reconstruction bat son plein sous le règne de Louis XI. Jeanne de Villars (1438-1484), ouis Anne de Rohan (1484-1523), Blanche de la Rochandry (1524-1544), Jeanne II de La Rochefoucauld (1544-1559) et Françoise I de La Rochefoucauld (1559-1606) s’emploient à relever l’abbaye de ses ruines, et à retrouver une grande partie de ses domaines. Françoise I de La Rochefoucauld, par sa force de caractère, sait convaincre son frère, qui avait opté pour la religion réformée, de renoncer à la démolition de l’Abbaye ordonnée par Condé, en pleine guerre de religion. C’est elle également qui mène un patient travail procédurier pour faire rendre à l’abbaye les richesses dont elle avait été dépossédée au cours de ce siècle d’agitation. Cependant, son action efficace n’efface pas la rumeur qui l’accuse d’avoir entretenu des relations plus qu’intimes avec l’évêque Nicolas Le Cornu. Elle meurt sans avoir eu le temps de terminer son œuvre de redressement de l’abbaye.

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Françoise II de Foix qui lui succède, « règne, de 1606 à 1666. Deux incendies détruisent l’Abbaye durant son abbatiat. Après le second (1648), elle décide de faire entièrement reconstruire le couvent en pierre, et lui donne ainsi l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui. Elle se soucie également du spirituel et fait rétablir la règle de Saint Benoît, aménage un noviciat. A la fin de sa vie, Françoise II de Foix voit son abbaye agrandie, embellie, respectée, et à un des points culminants de son histoire. Sa nièce, Françoise III de Foix (1666-1686) continue son œuvre. A la mort de cette dernière, le déclin ne tarde pourtant pas à arriver. On perçoit à travers diverses anecdotes qu’un certain relâchement se fait sentir au sein du couvent. Le Siècle des Lumières et du libertinage, mais aussi un certain mysticisme ésotérique, ne semble pas avoir épargné les moniales. Peut –être aussi ces égarements sont-ils dus à la présence de nombreuses jeunes filles nobles placées à l’abbaye pour leur éducation, mais souvent peu portées à prendre ensuite le voile. On peut citer parmi celles-ci, au siècle précédent, la future Mme de Montespan. Le temporel ne semble pas mieux évoluer : pendant le règne de Louis XV, on voit l’abbesse demander l’autorisation au roi de vendre une partie des forêts. C’est la première fois depuis sa création que l’abbaye se dessaisit d’éléments importants de son patrimoine pour assurer son rang.

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A la veille de la Révolution, il semble qu’au moment où Pierre-Louis de La Rochefoucauld est évêque de Saintes, on prenne la décision à Paris de supprimer la communauté de l’Abbaye aux Dames pour la remplacer par un chapitre de chanoinesses. Mais, si finalement cette décision n’est pas appliquée, ce n’est qu’un sursis. La dernière abbesse a, elle,) subir la tourmente révolutionnaire. Madame Baudéan de Parabère assiste, impuissante, à la confiscation des biens de l’abbaye. Le 11 août 1790, le directoire du département assigne deux hommes à l’inventaire des titres et papiers, et le 30 mai 1791, l’église est fermée. Un an plus tard, l’abbesse apprend que l’on veut descendre les cloches pour les envoyer à la fonderie. Dans un dernier sursaut, elle tente de s’y opposer, mais elle meurt le 30 septembre 1792, alors que les cloches, symboles de la vie de la communauté, sont emportées. Avec Mme de Parabère s’éteignent plus de huit siècles de vie monastique dans l’Abbaye aux Dames de Saintes. Les moniales sont dispersées et certaines, errant dans la ville, finissent par trouver refuge chez des habitants. Pendant la révolution, l’abbaye est transformée en prison. Par décret impérial en 1808, la Ville de Saintes est chargée de l’aménager en caserne. Pendant tout le 19ème siècle, et jusqu’à pratiquement la moitié du 20ème siècle, l’abbaye est restée aux mains de l’armée. Pourtant, aussi paradoxalement qu’il y paraisse, c’est sans doute aussi à cause de cette occupation que les bâtiments échappent au sort d’autres grandes abbayes comme Cluny u Jumièges…Mais étant donné le nombre de projets formulés tout au long du siècle par les militaires pour transformer et aménager les locaux, mais aussi pour faire disparaître l’église, classée Monument Historique, on est tenté de croire que son existence actuelle tient du miracle.

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Il faut attendre 1971 et l’enthousiasme d’un groupe de personnes, sans doute utopistes, pour que l’abbaye sorte de l’oubli. En effet ces derniers décident de créer à Saintes, un festival de musique ancienne en investissant ce lieu abandonné é qu’est l’abbaye. L’opération réussit et génère la naissance d’un évènement musical annuel qui est aujourd’hui de renommée mondiale. Cette réussite entraîne la prise de conscience des élus de la ville, qui se lancent dans un vaste projet de réhabilitation des bâtiments conventuels sous la houlette des bâtiments de France. Les entreprises locales et les services techniques municipaux vont travailler plus de dix ans sur cet énorme chantier qui se bâtit autour d’un projet culturel d’ampleur, dont la musique est le fil conducteur. En 1986, des fouilles archéologiques sont entreprises ; elles remettent au jour toute la structure du cloître, que tout le monde avait presque oublié. Cette découverte permet de rendre au site son rythme originel avant l’inauguration officielle qui est faite en octobre 1988 par le président de la république de l’époque. Aujourd’hui, l’Abbaye aux Dames a retrouvé un sens digne de son histoire. Centre Culturel de Rencontre, géré par l’association de l’Abbaye aux Dames, elle abrite en son sein le Conservatoire Municipal de Musique et de Danse, Les Académies Musicales de Saintes. Enfin ; cette exposition est une clé offerte à chaque visiteur pour comprendre la complexité de ce lieu où le présent se nourrit du passé.




Abbaye aux Dames Saintes
Ouvert tous les jours de 14 H-18H
Et 10H-18H d’Avril à Septembre
Tel : 05.46.97.48.48
Festival de Saintes 2007 : 12-22 JUILLET

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