Samedi 24 Fevrier 2007
Santa Maria gloriosa dei frari
Par VENEZIA, Samedi 24 Fevrier 2007 à 18:39 GMT+2 dans Tous les chemins
Pour un voyage en musique
Salve, O Regina
seconda raccolta de'Sacri Canti, Venise 1624
Claudio Monteverdi
Interprète : Maria Cristina Kiehr
Concerto Soave
Harmoni mundi
Situé dans Le quartier San Polo au Nord du grand canal à mi-chemin entre la place San Marco et la Station ferroviaire Santa Lucia, l’Eglise magiore Santa Maria Gloriosa dei Frari, impose par son architecture. Dans ses murs elle contient un nombre considérable de chefs d’œuvre, faisant d’elle après la basilique San Marco, la 2ème église de Venise. Mais si vous le voulez bien, remontons les aiguilles du temps pour retracer son histoire, et laissez moi vous guider dans ses murs. Ce sont les disciples de Saint François d’Assise qui, en 1223 s’installant à Venise, commandèrent dés 1250 un monastère et une église dédiés à la glorieuse Marie des Frères. Nicolo da Pisa en fut le concepteur. Consacrée en 1280, c’est au 15 ème qu’elle fut agrandie. Son campanile de 80 mètres fut élevé entre 1361 et 1369. Comme la plus part des églises médiévales de Venise, elle est construite en brique, et ornée de pierres blanches d’Istrie. Les pinacles, la corniche ogivale, ou les encadrements profilés des ouvertures, font d’elle une église pleine de raffinements et gracieuse. L’ensemble de l’édifice est de style romano-ghotique et sa façade est divisée en 3 parties par des pilastres surmontés de pinacles. L’intérieur de l’église est en croix latine, avec des nefs séparées par douze colonnes qui soutiennent des arcs très élevés, Santa Maria Gloriosa dei frari , renferme également les dépouilles des hommes les plus connus.
On accède à l’intérieur de l’église par une porte latérale située près du campanile (qui ne se visite pas), une fois à l’intérieur, on est immédiatement impressionné voir envouté par l’architecture qui s’offre à nous. Sept chapelles absidiales sont rattachées au transept. Six piliers importants, circulaires, en pierre de taille dessinent les nefs latérales légèrement plus basses, créant un ensemble vaste et majestueux. Des tirants en bois peint stabilisent les voûtes en arête. Si l’on commence la visite par le bas côté gauche, on remarque tout d’abord le monument à Canova (1757-1822), de style néo-classique, qui il faut l’admettre détonne quelque peu. Après le monument baroque élevé à la mémoire du Doge Giovanni Pesaro(1558-1659) , l’autel de la Madone de Ca’ Pessaro et la toile du Titien qui le domine méritent une halte. En haut à droite la vierge : à ses pieds, saint Pierre (vêtu d’un manteau jaune et identifiable à la clef noué à son pied) lui présente Jacopo Pesaro (à genoux), commandant victorieux de la flotte pontificale d’Alexandre VI contre les turcs lors de la bataille de San Maura en 1503.

Véritable chef-d'oeuvre de l'église, L'Assomption de la Vierge peinte par le Titien entre 1516 et 1518 trône en majesté au milieu du choeur (cliquez donc sur l'image). Admirer cette oeuvre dans le cadre pour lequel elle a été créée est un rare privilège. On comprend la méfiance première des vénitiens puis leur délirant enthousiasme pour cette oeuvre hors normes qui provoque un véritable choc esthétique. Cette toile qui fut la 1ère œuvre religieuse d’importance du maître, ne manqua pas de surprendre les frères à l’époque par son « orthodoxie minimale ». En effet, l’iconographie de l’époque avait coutume de représenter la vierge dans une attitude de prière extatique. Or le Titien à conçu ici une composition extrêmement dense où les apôtres, désormais réduits à 11, assistent stupéfaits à cet évènement surnaturel, où les anges accompagnent le mouvement ascensionnel de chants et de musique, et où la vierge est accueillit par Dieu dans un triomphe de couleur et de lumière. J’ai trouvé très captivant la façon dont la lumière souligne cette montée au royaume des Cieux : les apôtres restent dans la pénombre, les anges sont inscrits dans une zone partiellement éclairée, la vierge quant à elle baigne dans un déferlement de lumière.

Lors de ma visite mon attention à également été attirée par la chapelle SaintJean-Baptiste qui abrite la seule sculpture vénitienne de Donatello (1386-1466) : St Jean-Baptiste y est représenté avec l’index de la main droite (hélas manquant) dressé contre Hérode en signe d’avertissement.

Le tryptique de Giovanni Bellini (1488) est aussi un retable créé pour la famille Pesaro. Il se trouve dans la sacristie. La madone et les saints Nicolas et Pierre (à gauche) et Benoit (à droite) sont sur des panneaux séparés, ce qui renforce la silhouette vigoureuse des saints.

Une dalle funéraire scellée au sol devant la chapelle Saint Ambroise, qui est souvent fleurie, porte une simple inscription informant les visiteurs qu'il s'agit de la dernière demeure du grand musicien Claudio Monteverdi (1567-1643) pionnier de l'opéra moderne : c’est la chapelle des milanais, dont il fut membre.
A l’entrée à droite de l’église face au monument de Canova se dresse un monument remarquable, œuvre remontant à la moitié du 19ème siècle : le mausolée du Titien, bien que l’on ai perdu toute trace de sa dépouille mortelle depuis le 16ème siècle on sait que l’artiste mort de la peste en 1576, fut ensevelit dans l’église selon sa volonté. Il est représenté entre la Nature Universelle et le Génie du savoir.
Comme je vous le disais en début de cet article, l’église renferme tellement de merveilles, qu’il m’est bien difficile ici de toutes vous les présenter. Outre ce que je vous ai décrit, on y trouve le triptyque de Bartolomeo Vivarini (v1432-1491), une oeuvre de Jacopo Palma le Jeune (1544-1628), et bien d’autres encore, l’église compte plusieurs chapelles, monuments et autels, c’est vous dire la profusion d’œuvres et de styles divers et variés !
Il règne au sein de la Basilique, une atmosphère de paix et de sérénité, on reste mué par ce magnifique tableau d’histoire, figé là pour nous rappeler au combien l’air que nous respirons ici à été respiré bien avant nous par tous ces personnages qui font la richesse de notre histoire et que nous avons bien souvent tendance à laissé s'évanouir dans les lambeaux de notre mémoire. Et ce n’est que justice que de leur consacré ici un peu de notre temps. Alors si vous avez un jour la chance d'aller saluer la Sérénissime, poussez vos pas jusqu'à la Basilique des Frari et laissez faire la magie de l'émotion...






