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Le printemps del Fiore

 

 

Santa Reparata« Duomo » est un mot qui dérive du latin « domus » c'est à dire « casa » : le duomo est la maison de Dieu et son peuple.

Santa Maria del Fiore  n'a pas toujours été le siège épiscopal de Florence. Ce rôle fut sans doute d'abord imparti au baptistère et à l'église de San Lorenzo, et c'est une autre cathédrale qui s'élevait autrefois sur le site, celle de Santa Reparata, consacrée probablement au VIIème siècle.
Ce n'est que vers la fin du XIIIème siècle que surgit l'idée de doter la ville d'un nouveau Dôme. Florence émergeait alors comme ville de richesses et de pouvoir, et sa cathédrale ne correspondait plus guère à son statut. Ses rivales de toujours, Sienne et Pise, avaient déjà construit ou construisaient tout juste de magnifiques églises. L'honneur d'une ville se mesurait au moyen âge, à la grandeur de ses travaux publics. C'est pourquoi le conseil de la ville, ou priorat, décréta que Santa Reparata « était de conception trop grossière » et de taille trop modeste » pour Florence. En 1294 il promulgua un édit en faveur d'une cathédrale « de la magnificence la plus exaltée et la plus libérale qui soit, de sorte que l'industrie et la puissance des hommes ne puissent jamais entreprendre ou créer quelque chose de plus grand ou de plus beau ». L'édifice serait même « si magnifique qu'il surpasserait tous ceux construits par les Grecs et les Romains aux époques de leurs apogées ».

Les Florentins avaient tenté par le passé de rénover et d'agrandir Santa Reparata, mais en 1294, ils confièrent à Arnolfo di Cambio (v.1240-1302), le soin de soumettre des plans pour un bâtiment entièrement nouveau. L'architecte fut bientôt chargé d'un méthodique projet d'agrandissement de la ville, qui déboucha sur le dernier tracé, définitif celui-ci, des murailles de Florence (1284-1333). Pour la cathédrale, Di Cambio opta pour le plan basilical, l'un des plus simples qui soient, avec une abside polygonale et une coupole colossale à 8 pans. Il se garda toutefois de préciser comment cette dernière, serait construite. La première pierre de l'église fut posée le 8 septembre 1296 et l'édifice reçu le nom de Santa Maria del Fiore, pour faire le lien entre la Vierge et la fleur de lys, emblème de Florence. Ce qui n'empêcha toutefois pas les Florentins de continuer de parler de Santa Reparata pour désigner leur cathédrale, jusqu'à ce qu'un décret le leur interdise, en 1401. Les vestiges de Santa Reparata peuvent être admirés sous l'édifice actuel.

Les travaux de ce projet gigantesque ralentirent quelque peu après la mort d'Arnolfo, en 1302 mais reprirent avec un élan nouveau en 1311, lorsque l'on transféra à la cathédrale les reliques de saint Zénobie (v337), 1er évêque de Florence. Le chantier fut alors confié à Giotto (1267-1337), plus connu comme l'un des peintres les plus créatifs de son temps, mais celui-ci se concentra principalement sur le campanile. Plusieurs architectes se succédèrent ensuite sur le chantier. Ils travaillèrent souvent dans un climat d'extrême agitation politique et économique, notamment lors de l'épidémie de peste noire qui ravagea une grande partie du monde de 1347 à 1351 (quelque 25 millions de morts en Europe, autant en Asie) et frappa Florence et la Toscane en 1348.
Le financement du projet s'avéra problématique. L'impôt sur la fortune des Florentins ne permit pas de lever qu'un dixième environ du coût initiale et, en 1800, l'impôt sur les successions continuait de rembourser les frais de construction de la cathédrale !!! Toutes les amendes prononcées pour ivresse participèrent aussi à ce financement.
La nef centrale fut achevée en 1378, les nefs secondaires deux ans plus tard, et les tribunes ainsi que le tambour de la coupole, en 1421. L'élévation de la coupole, l'un des plus stupéfiants exploits du génie civil médiéval, constitue quant à elle un épisode à part entière dont je parlerai ici dans mon prochain billet, et qui doit élévation  à Filippo Brunelleschi (1377-1446).  L'édifice fut enfin consacré par le pape Eugène IV.
 

La première impression que produit aujourd'hui le Dôme de Florence est celle, éblouissante, de sa façade. Mais peu de visiteurs le savent, mais c'est une réalisation relativement récente. Le fronton conçu initialement par Arnolfo di Cambio fut abattu, encore inachevé aux trois quarts, en 1587, afin de céder la place à une façade plus conforme au goût du XVIème siècle. Mais il a fallut attendre 300 ans pour que les plans d'un obscur architecte, Emilio de Fabris (1807-1883),  soient acceptés en 1887, après que 91 autres projets eurent été rejetés. La nouvelle façade en style néo-gothique fut aussitôt décriée, et de nos jours encore, malgré l'effet puissant qu'elle dégage, la plupart des tenants du purisme architectural, qu'ils soient de Florence ou d'ailleurs, continuent de la dénigrer.

Le visiteur éprouve souvent un choc en pénétrant à l'intérieur de la cathédrale. Car si l'extérieur n'est qu'ornement et couleur, celui-ci frappe tout d'abord par une sensation d'espace et d'austérité un peu lugubre. L'exigence de « vastitude » du priorat a visiblement été prise très au sérieux, et il semble que le souci principal des architectes ait été de frapper l'esprit par les dimensions de l'intérieur. Le Dôme de Florence est ainsi la quatrième plus vaste église d'Europe, après la cathédrale de Milan, Saint-Paul à Londres et la basilique Saint-Pierre de Rome. Il était vital pour Florence de se doter d'un édifice de cette taille, à la fois pour surpasser les cités rivales et pour disposer d'une arène couverte (le Dôme peut accueillir 30000 personnes) constituant un point de rassemblement unique pour la ville. Le moine et tribun des foules Savonarole y prêcha régulièrement «  à guichets fermés ». Pour l'architecte de la renaissance Leon Battista Alberti (1404-1472), le Dôme devait être « assez grand pour couvrir de son ombre tous les peuples toscans ».

Mai cette austérité n'est  qu'apparente car l'intérieur du Dôme abrite un grand nombre d'œuvres maîtresses et donne accès à deux endroits majeurs : la crypte, où subsistent des vestiges de Santa Reparata, et la coupole qui permet de se faire une idée du génie architectural de son concepteur. Mais ces deux derniers points feront l'objet du prochain volet consacré à Santa Maria del fiore. En attendant vous pourrez écouter et savourer si vous le désirer l'extrait sonore «  Nuper rosarum flores » motet de Guillaume Dufay (c1397-1474) commandé par le même pape Eugène IV, écrit pour célébrer l'inauguration du Dôme le 25 mars 1436.

 

 

 

QUADRIVIUM : Cantica Symphonia

Motets volume 1

Direction : Guiuseppe Maletto 

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